Pros : Prescrire, janv. 2023 : médicaments utiles et inutiles

Par le 13 mars 2023, actualisé le 13 Mar 23.

Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro de janvier 2023.

POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.

En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité. Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro de janvier 2023 (réf. 1).

Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments".

Bravo : 0 (zéro) - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis

Rien en janvier 2023

Intéressant : 0 (zéro) - progrès thérapeutique important, mais avec certaines limites

Rien en janvier 2023

Apporte quelque chose : 0 (zéro) - apport limité

Rien en janvier 2023

Éventuellement utile : 0 (zéro) - intérêt thérapeutique supplémentaire minime

Rien en janvier 2023

N'apporte rien de nouveau : 9 (neuf) - substance sans plus d'intérêt clinique que les autres substances déjà disponibles

  • délamanid (Deltyba°) dans les tuberculoses multirésistantes des enfants et ados
    Selon l'OMS, en 2021 la tuberculose a été la 2e cause de mortalité par maladie infectieuse (après la Covid-19). Elle a touché environ 11 millions de personne (dont 1 million d'enfants) et a tué environ 1,5 million de personnes. Pourtant malgré le développement des résistances multiples aux antibiotiques, la recherche de nouveaux médicaments antituberculeux est misérable. Le délamanid en est un exemple : ce médicament est à présent autorisé chez les enfants et les adolescents, sans qu'un seul essai comparatif ait été mené, de sorte qu'on ne peut absolument pas affirmer qu'il est efficace dans les tuberculoses multirésistantes.
  • eszopiclone (Noxiben°) dans les insomnies
    La zopiclone est formée de deux molécules symétriques, qui sont l'image l'une de l'autre dans un miroir : la S-zopiclone (ou eszopiclone) et la R-zopiclone. Dans les essais, la eszopiclone n'est ni plus efficace ni moins dangereuse que la zopiclone. Dans tous les cas, il est important de ne pas s'habituer à prendre ce type de médicament pour dormir. Au bout de peu de semaines, on peut devenir "accro" : on ne dort pas mieux (ou presque pas) mais il devient très difficile de se séparer du médicament.
  • vaccin covid-19 inactivé avec adjuvants (Valvena°) chez les adultes avant 50 ans
    Un essai sans démonstration de progrès versus vaccin à vecteur viral ChAdOx1-S (Vaxzevria°), et aucune comparaison avec les vaccins à ARN messager.
  • upadacitinib (Rinvoq°) dans l'eczéma atopique (ou dermatite atopique)
    Dans cette maladie de peau, quand les symptômes sont vraiment gênants malgré les crèmes "hydratantes" (en fait "émollientes") et les crèmes ou pommades aux dérivés de la cortisone, des immunosuppresseurs sont parfois utilisés. L'upadacitinib est peu plus souvent efficace que le dupilumab, mais avec plus d'effets indésirables. Et surtout, il appartient aux Janus kinases, famille de médicaments qui provoque souvent des effets indésirables graves à long terme : infections graves, cancers, caillots sanguins artériels ou veineux, perforations digestives, etc.
  • abrocitinib (Cibinqo°) dans l'eczéma atopique
    C'est exactement pareil : comparé au dupilumab, il semble un peu plus efficace, au prix de plus d'effets indésirables et de risques graves mal connus à long terme.
  • risankizumab (Skyrizi°) dans le rhumatisme psoriasique
    Dans les rhumatismes psoriasiques graves, le premier immunosuppresseur à utiliser est le méthotrexate. S'il ne suffit pas, on envisage un autre immunosuppresseur. Malheureusement, le risankizumab n'a pas été comparé aux autres immunosuppresseurs, si bien qu'on ne peut pas affirmer qu'il est un bon choix.
  • tofacitinib (Xeljanz°) dans l'arthrite juvénile idiopathique
    Dans ce type de maladie inflammatoire des enfants et adolescents, le méthotreate est souvent le premier choix. Lorsqu'il ne suffit pas, un autre immunosuppresseur est possible, mais le tofacitinib ne leur a pas été comparé et, appartenant à la famille des Janus kinase, il peut provoquer des effets indésirables graves à long terme.
  • lenvatinib (Kisplyx°) + pembrolizumab (Keytruda°) en 1er dans le cancer eu rein avancé
    Dans un essai non terminé, par comparaison avec le sunitinib, cette association a semblé donner de meilleurs résultats dans des cas moyennement graves. Mais elle n'a pas été comparé à d'autres associations de chimiothérapies et elle peut provoquer un cumul d'effets indésirables graves.
  • bélimumab (Benlysta°) dans la néphropathie lupique, ou maladie des reins liée au lupus
    Ajouté à d'autres immunosuppresseurs, il permet un peu moins d'aggravations de la fonction du rein, sur les analyses sanguines. Mais on ne sait pas si cela permet de retarder le moment de la dialyse rénale ou de la greffe de rein.

Pas d'accord : 0 (zéro)

Rien en janvier 2023

La rédaction ne peut se prononcer : 0 (zéro)

Rien en janvier 2023


Pas de topiramate
ni d'anticoagulant (acénocoumarol, fluindione, warfarine, rivaroxaban)
1) pendant la grossesse
2) chez les femmes en âge de procréer,
sauf avec une contraception "hautement efficace", à poursuivre
jusqu'à ce que le médicament ait totalement disparu du corps de la femme :
2 à 3 semaines après l'arrêt du traitement pour les anticoagulants.

Bonnes nouvelles : 1 (une)

  • Limitation des prescriptions de topiramate en raison des risques en cas de grossesse
    Le topiramate (Épitomax° et autres) est autorisé dans certaines épilepsies et parfois en prévention des migraines. Mais en cas de grossesse, il peut toucher le fœtus et provoquer des malformations (fente du palais, anomalies du pénis…). Il peut aussi ralentir la croissance du fœtus et provoquer des accouchements prématurés. Et à long terme, il peut provoquer des troubles du développement (moteur, cérébral, visuel), des déficiences intellectuelles, des autismes…
    On est donc satisfait d'apprendre que des précautions sont prises. La première prescription de topiramate est réservée aux pédiatres et aux neurologues, pour une durée d'un an maximum. Elle est aussi soumise à la signature d'un accord de soin avec les patientes, après une information sur les risques, et sous condition d'une contraception "hautement efficace".

Précaution : 1 (Une)

  • Pas d'anticoagulant en cas de grossesse envisagée ou en cours
    Les anticoagulants diminuent la capacité du sang à coaguler. Il s'agit des antivitamine K : acénocoumarol (Sintrom°, Mini-Sintrom°), fluindione (Préviscan°) et de la warfarine (Coumadine°), mais aussi du rivaroxaban (Xarelto°).
    Les antivitamine K peuvent provoquer des malformations de l'enfant à naître (déformations du visage, anomalies cérébrales), des hémorragies du placenta, des morts du fœtus, des hémorragies de la mère et du nouveau-né parfois graves, voire mortelles.
    On connaît mal les effets indésirables du rivaroxaban sur le fœtus, mais il a des conséquences négatives sur la reproduction chez certains animaux.
    Dans tous les cas, il faut éviter tous ces médicaments dès le moment où une grossesse est envisagée (on les remplace parfois par de l'héparine). Et pendant toute la durée du traitement par anticoagulant, il faut s'assurer d'une contraception efficace.

    Poursuivre la contraception 2 à 3 semaines après la fin des anticoagulants
    L'effet des anticoagulants se poursuit 2 à 3 semaines après la fin du traitement. Il faut donc continuer la contraception 2 à 3 semaines après l'arrêt des anticoagulants, pour éviter les risques de malformation, au cas où une grossesse commencerait rapidement.

Je recommande à tous les professionnels de santé de ne pas se contenter des informations limitées de ce blog et d’aller lire les arguments détaillés à la source.


a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) mais dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (ref. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.


Lire aussi :

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Sources
1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2023 ; 43 (471) : 5-23.
2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40 (442) : 621-624.
3- "Xarelto 2,5mg comprimés" Résumé des caractéristiques du produit, version française, 342 pages. Téléchargé sur la Base de données publique des médicaments (française) le 13 mars 2023.

Crédits photo :
Image n°1 : "Revue Prescrire janv 2023" Copyright Jean Doubovetzky
Image n°2 : "You'll be given love" par Jaybird sur Flickr (recadrée)

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Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Pros : Prescrire, janv. 2023 : médicaments utiles et inutiles" ; 13 Mar 2023 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-actualites/pros-prescrire-janv-2023-medicaments-utiles-et-inutiles/)
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