Pros : Prescrire, juin 2022 : médicaments utiles et inutiles

Par le 25 août 2022, actualisé le 25 Août 22.

Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro de juin 2022.

POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.

En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité. Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro de juin 2022 (réf. 1).

Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule  et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments". 

Bravo : 0 (zéro) - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis

Rien en juin 2022

Intéressant : 0 (zéro) - progrès thérapeutique important, mais avec certaines limites

Rien en juin 2022

Apporte quelque chose : 2 (deux) - apport limité

- sacituzumab govicétan (Trodelvy°) dans certains cancers du sein. Dans certains cancers du sein dits "triple négatifs", avec métastases et après échec de plusieurs traitements, ce médicament a allongé la durée de vie d'environ 5 mois, au prix d'effets indésirables digestifs et sanguins plus fréquents.
-oxybate de sodium (Xyrem°) contre la narcolepsie avec cataplexie. Dans cette maladie rare, il existe une somnolence dans la journée (narcolepsie) et des accès de perte du tonus musculaire provoquant des chutes sans perte de connaissance (catalepsie). La poursuite du traitement chez 63 enfants a diminué le nombre de crises de catalepsie. Mais des effets indésirables graves sont possibles, et les effets à long terme ne sont pas connus.

Éventuellement utile : 1 (un) - intérêt thérapeutique supplémentaire minime

- ravulizumab (Ultomiris°) dans l'hémoglobinurie paroxystique nocturne. Dans cette maladie génétique rare et parfois grave, ce médicament a une efficacité qui semble proche de celle de l'éculizumab. Il permet des perfusions moins fréquentes (toutes les 8 semaines au lieu de toutes les 2 semaines).

- Est-ce ça marche ?
- Ça dépend de ce que vous entendez
par "est-ce que", par "ça" et par "marche".
Les choses deviennent vraiment intéressantes quand les statisticiens se rendent au chevet des malades.

N'apporte rien de nouveau : 6 (six)- substance sans plus d'intérêt clinique que les autres substances déjà disponibles

- calcium (500 mg) + vitamine D3 (800 UI) (Calcidose vitamine D3°). Un nouveau dosage qui s'ajoute à beaucoup d'autres, sans intérêt particulier.
- trastuzumab déruxtécan (Enhertu°) dans les cancers du sein HER-2. Dans ce type de cancer du sein, avec métastase et après échec de plusieurs autres traitements, il n'est pas démontré que ce médicament apporte un progrès. Et ses effets indésirables sont parfois graves.
- vaccin méningococcique B avec lipoprotéines fHbp A et B (Trumemba°). Ce vaccin n'a pas été comparé au vaccin méningococcique B Bexsero° qui n'a pas la même composition.
- ravulizumab (Ultomiris°) dans le syndrome hémolytique et urémique atypique. Dans cette maladie rare et grave, souvent d'origine infectieuse, aucun essai n'a comparé le ravulizumab et l'éculizumab.
- enzalutamide (Xtandi°) dans le cancer de la prostate avec métastases. Son efficacité semble proche de celle de l'apalutamide, mais aucun essai n'a comparé les deux médicaments.
- daratumumab (Darzalex°) + pomalidomide + dexaméthasone dans certaines tumeurs de la moelle osseuse (myélomes multiples). Dans ce type de tumeur, après plusieurs échecs de traitement, cette association de médicaments diminue le risque d'aggravation. Mais elle ne diminue pas la mortalité, et ses effets indésirables sont parfois graves.

Pas d'accord : 2 (deux) - aucun avantage évident, mais des inconvénients possibles ou certains

- estétrol + drospéridone (Drovélis°) comme contraceptif. Cette association qui comprend un nouvel estrogène, commercialisé pour la première fois. Mais son efficacité contraceptive n'a pas été comparée à celle d'autres pilules contraceptives. De plus, elle inclut la drospéridone, un progestatif connu pour provoquer plus de thromboses veineuses que d'autres progestatifs.
-natalizumab (Tysabri°) en injections sous-cutanées dans la sclérose en plaques. Ce médicament existe déjà en perfusions intra-veineuses. La voie SC semble d'efficacité analogue à la voie IV, mais le médicament fait courir plus de risques qu'il n'apporte de bénéfices !

La rédaction ne peut se prononcer : 1 (un)

- ipilimumab (Yervoy°) + nivolumab (Opdivo°) en 2e traitement contre quelques cancers rares du côlon et du rectum. Après un essai non comparatif chez seulement 119 patients, impossible de savoir si ce traitement représente un progrès.

Je recommande à tous les professionnels de santé de ne pas se contenter des informations limitées de ce blog et d’aller lire les arguments détaillés à la source.

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a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) mais dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (ref. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.

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Lire aussi :
- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- Traitements : les essais comparatifs sont indispensables
- Incertitude
- Quatre histoires de placebos ou de nocebos
- Des médicaments à ne pas utiliser

Sources
1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2022 ; 42(464) : 405-422.
2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40(442) : 621-624.

Crédits photo :
Image n°1 : "Medicamentos homeopathicos" par Otrabla sur Flickr
Image n°2 : "Does it work?" par DES Daughter sur Flickr

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Pros : Prescrire, juin 2022 : médicaments utiles et inutiles" ; 25 Août 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-actualites/pros-prescrire-mai-2022-medicaments-utiles-et-inutiles-2/)
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