Contraception d'urgence pour (presque) toutes !

Par le 1 octobre 2022, actualisé le 02 Oct 22.

La majorité des femmes en âge d'avoir des enfants a besoin d'avoir chez elle une ou deux boites de contraceptif d'urgence, ou contraceptif "des jours suivants".
Pourtant, lorsque je leur propose, beaucoup sont étonnées. Quelques explications s'imposent...

La contraception "des jours suivants" est généralement appelée "pilule du lendemain" dans les journaux. Je n'aime pas cette appellation, tout simplement parce qu'elle est fausse. Elle fait croire qu'il faut impérativement avaler le contraceptif le lendemain d'un rapport sexuel faisant courir le risque d'une grossesse non désirée. En effet le comprimé est en réalité efficace jusqu'au 5e jour après le rapport sexuel.
Mais quand a-t-on donc besoin d'un contraceptif "des jours suivants" ?

Le contraceptif très (très) occasionnel

Certaines femmes qui ont peu de rapports sexuels ne souhaitent pas porter de dispositif intra-utérin (ou stérilet) ni prendre de pilule. Ce sont pourtant les seuls contraceptifs vraiment efficaces. Les préservatifs ont un certain taux d'échec, dû aux difficultés d'utilisation - en particulier la difficulté à le faire accepter aux hommes. Quant aux méthodes dites "naturelles", fondées sur la température ou la date du cycle, avec ou sans test urinaire, leur efficacité est pire que médiocre.
Ces femmes utilisent donc parfois les contraceptifs "des jours suivants". Cela peut fonctionner si les rapports sont vraiment rares (moins d'un par mois) et si leur corps supporte les contraceptifs "des jours suivants" sans trop d'effets indésirables.
Une autre situation, peut-être moins rare : les femmes qui ont rendez-vous avec leur gynécologue pour leur contraception... dans plusieurs mois. Je leur conseillerais plutôt de demander une contraception à leur généraliste ou à une sage-femme, mais à défaut ou dans l'intervalle, avoir chez soi un contraceptif "des jours suivants" (non périmé) peut être une solution.

Attention aux oublis et aux retards

Lorsqu'une femme utilise une pilule contraceptive, divers incidents peuvent diminuer l'efficacité de cette contraception.
Le contraceptif est classiquement rangé près du lieu du petit déjeuner, dans la salle d'eau ou dans la table de nuit. Le vendredi ou le samedi soir, on sort ou bien on part en week-end, on ne rentre pas dormir chez soi, et c'est là qu'on a le plus besoin d'une contraception.
Ou bien, il arrive qu'on avale le comprimé avec retard. Il suffit d'un retard de 3 heures pour diminuer l'efficacité d'un contraceptif contenant seulement un dérivé de la progestérone. Et il faut oublier deux comprimés de suite pour diminuer notablement l'efficacité d'un contraceptif estro-progestatif (contenant un dérivé de l'estrogène plus un dérivé de la progestérone)(a).

Attention aux vomissements et à la diarrhée

Les vomissements et la diarrhée peuvent aussi compromettre l'efficacité d'un contraceptif oral. Des vomissements ou une diarrhée importante survenant dans les 2 heures suivant la prise d'un contraceptif contenant uniquement un dérivé de la progestérone peuvent suffire à diminuer son efficacité. Pour les pilules contenant un estro-progestatif, il faut que les vomissements ou la diarrhée s'étendent sur la durée de prise de deux comprimés. Ce n'est pas si rare, car cette durée est à peine supérieure à 24 heures.

Les contraceptifs d'urgence sont en vente libre en pharmacie.
Ils peuvent aussi être prescrits par un médecin ou une sage-femme
et sont alors remboursables par l'assurance maladie.
Sur la photo, une "pilule des jours suivants" au lévonorgestrel.
Le nom de marque peut se traduire "Plan B, d'un coup".

Quand prendre la "pilule des jours suivants" ?

La "pilule des jours suivants" (b) est utile dans les situations suivantes :
- après un rapport sexuel sans contraception ;
- après un incident de préservatif ("oubli", retrait, rupture, glissement, etc.) ;
- après un rapport sexuel non protégé dans les 2 jours suivant un incident avec un contraceptif progestatif pur (contenant uniquement un dérivé de la progestérone) : oubli, vomissement, diarrhée ;
- après un rapport sexuel non protégé dans les 7 jours suivant un incident avec un contraceptif estro-progestatif.
Et plus rarement dans les cas suivants :
- après un rapport sexuel non protégé survenu deux jours AVANT un incident mettant en cause un préservatif progestatif pur ou estroprogestatif, au cours de la première semaine de prise ;
- après un rapport sexuel non protégé survenu dans les quelques jours avant ou après l'expulsion ou le retrait d'un dispositif intra utérin (ou stérilet).

Attention ! Prendre une pilule des jours suivants ne protège pas d'une grossesse si on a de nouveau des rapports sexuels par la suite.

Avoir une boite ou deux à la maison

On peut avoir l'impression que ces cas sont rares. Mais si on considère que beaucoup de femmes utilisent une pilule contraceptive pendant plusieurs années, on comprend que chacune peut avoir un jour besoin d'une "pilule des jours suivants". Or galoper vers une pharmacie pour acheter une pilule au moment où on en a besoin n'est pas forcément agréable... Mieux vaut demander à son médecin ou à sa sage-femme une ordonnance de "pilule des jours suivants" (c) et en garder une boite ou deux chez soi (et vérifier de temps en temps la date de péremption).
Dans tous les cas, après utilisation, il est prudent de faire un test de grossesse si les règles ne reviennent pas dans les 3 semaines suivantes, ou s'il apparait des saignements irréguliers accompagnés de maux de ventre.

a- La notice française de plusieurs pilules estroprogestatives déclare qu'un oubli de 12 heures peut compromettre leur efficacité, mais selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'oubli d'un seul comprimé n'augmente pas le risque de grossesse.
b- La contraception "des jours suivants" peut aussi être réalisée par la pose d'un dispositif intra-utérin (ou stérilet) au cuivre dans les 5 jours qui suivent le rapport sexuel à risque de grossesse : c'est en réalité la contraception d'urgence la plus efficace.
c- La revue Prescrire recommande de donner la préférence à la "pilule des jours suivants" au vonorgestrel (Norlevo° et autres). La contraception d'urgence contenant de l'ulipristal (Ellaone° et autres) peut être mise en échec, en particulier chez les femmes pesant plus de 75 kilos (ou ayant un IMC supérieur à 30 kg/m2). Elle peut aussi être mise en échec par la prise de nombreux médicaments, dont certains sont très courants, comme des antihistaminiques (contre les allergies) ou des médicaments contre les brûlures d'estomac, gastrites et ulcères (IPP et anti-acides).

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Sources :
- Prescrire Rédaction “Contraception post-coïtale" Premiers Choix Prescrire, actualisation juin 2022 : 4 pages.
- Turok D et coll. "Emergency Contraception" In: UpToDate, Post TW (Ed), UpToDate, Waltham, MA, USA. (Mise à jour en août 2022).
- Prescrire Rédaction “Ulipristal et contraception post-coïtale : préférer le lévonorgestrel" Rev Prescrire 2021 ; 41 (448) : 105.

Crédit photo :
n° 1 - New Illuminati sur Visual Hunt
n° 2 - Jeepers Media sur Visual Hunt

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Contraception d'urgence pour (presque) toutes !" ; 01 Oct 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-medicaments/contraception-durgence-pour-presque-toutes/)
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