Les difficultés de la déprescription

Par le 4 septembre 2025, actualisé le 04 Sep 25.

Déprescrire, c’est cesser de prescrire un médicament. Autrement dit, c’est supprimer un médicament au moment du renouvellement de l’ordonnance. L’expérience m’a montré que c’était extrêmement difficile. Les données des essais disent la même chose.

Surdiagnostic, surtraitement et déprescription

Pourquoi faut-il parfois supprimer des médicaments parfois pris depuis longtemps au moment de renouveler un traitement ?

La première raison possible, c’est que le traitement n’est pas approprié, et qu’il n’aurait jamais dû être prescrit. Autrement dit, c’est une erreur de prescription dès le début : la conséquence d’une erreur de diagnostic ou de décision thérapeutique, ou encore, plus souvent, d’un surdiagnostic ou d’un surtraitement.

La deuxième raison possible, c’est que le traitement n’est recommandé que pendant une période donnée. Par exemple, après un petit accident vasculaire cérébral (AVC ou attaque cérébrale) ou un accident ischémique transitoire (petit AVC ayant aussitôt régressé sans laisser de séquelle), l’ajout de clopidogrel (un médicament qui « fluidifie le sang ») à une petite dose d’aspirine diminue le risque de nouvel AVC pendant 3 ou 4 semaines. Mais ensuite, il semble présenter plus de risques que d’avantages. Il faut donc l’arrêter.

Il en est de même pour les somnifères (durée maximum 28 jours, en comptant la période de sevrage) et les tranquillisants de la famille des benzodiazépines (durée maximum de traitement 4 mois en comptant la période de sevrage). Mais il arrive que des patients prennent des somnifères ou des tranquillisants depuis plusieurs années… ce qui est bien dommage pour eux.

L’arrêt d’un traitement est difficile

D’abord, beaucoup de médecins n’ont jamais appris à diminuer ou à arrêter des traitements. Cela fait partie des compétences qui n’ont pas toujours été enseignées pendant les études de médecine.

Ensuite, beaucoup de patients résistent à l’idée de diminuer leur traitement. C’est particulièrement le cas lorsque l’arrêt du traitement provoque un syndrome de sevrage, tout comme l’arrêt du tabac peut provoquer un syndrome de sevrage. C’est le cas par exemple des somnifères dont l’arrêt provoque des insomnies, des anti-anxiété dont l’arrêt provoque un rebond d’anxiété, des médicaments de l’estomac dont l’arrêt provoque une brusque augmentation de l’acidité gastrique. Et de bien d'autres Même en diminuant progressivement les doses, l’arrêt du traitement n’est pas facile.

La réussite de la déprescription est faible

Au congrès « Preventing overdiagnosis » était présenté une étude ayant réuni tous les essais de déprescription. Dans ces essais, on avait utilisé des méthodes pour favoriser la déprescription : soit pour informer les médecins ou leur apprendre à déprescrire, soit pour informer et décider les patients, soit les deux à la fois. Les résultats n’ont pourtant pas été formidables.

Qu’on en juge. Dans les cas de prescription possiblement inappropriée, la déprescription n’a été effective que dans 53 % des cas, et avec une campagne incitative, dans 77 % des cas. Dans des cas pourtant plus graves, de médicament certainement inapproprié (donc plus dangereuse qu’utile) le taux de déprescription effective n’a été que de 12%, et avec une campagne d’incitation, dans 43 % des cas.

Certains résultats sont détaillés dans le tableau au-dessus de ce paragraphe. Globalement, sans campagne d’incitation, les arrêts de traitements ont été de 12 % à 53 %, ou de 19 % à 77 % avec une campagne d’incitation. Sauf lorsque le but était de diminuer le nombre de médicaments à 5 ou moins, où la déprescription a toujours été un échec. On voit bien que conduire un patient à cesser un traitement se heurte à de forts obstacles, certains venant sans doute du prescripteur, et d’autres du patient.

Sources
- Sharma S et col. "Multi-component interventions for deprescribing potentialy inappropriate medications il older adults : a systematic review" Poster au congrès "Preventing Overdiagnosis" Oxford, 3-5 septembre 2025
- Fédération scandinave des médecins généralistes “Surdiagnostic et autres excès en médecine" Prescrire 2019 ; 39 (429) : 552-554.

À lire aussi

- Le surdiagnostic, une notion mal aimée
- Billon-Bernheim E "Surdiagnostics. Quand la médecine nous rend malades" UFC Que choisir. 24 février 2020.
- Welch HG et coll. "Overdiagnosed: Making people sick in the pursuit of health" Beacon Press, Boston (USA), 2012.

Pour les professionnels

"https://www.cebm.ox.ac.uk/preventing-overdiagnosis (Winding back the harms of too much medicine)"

"Wiser Healthcare (A research collaboration ofr reducing overdiagnosis and overtreatment)"

Rédigé par sans lien d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Les difficultés de la déprescription" ; 04 Sep 2025 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-actualites/les-difficultes-de-la-deprescription/)
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