Travail posté : multiples troubles de santé, dont des infarctus et des cancers

Par le 29 janvier 2022, actualisé le 04 Fév 22.

Le travail de nuit perturbe les cycles de l'organisme qui sont synchronisés avec le jour et la nuit. Il provoque des troubles du sommeil et de l'éveil, des troubles alimentaires, des prises de poids, des diabètes, des troubles cardiaques et même des cancers.

En France, sur 100 salariés, plus de 15 travaillent occasionnellement ou régulièrement de nuit. Personne ne s'étonnera de lire que les personnes qui ont un travail posté ou un travail de nuit souffrent souvent de troubles du sommeil (a). Ce qui provoque une augmentation de la somnolence ou des endormissements dans la journée, ainsi que des troubles de l'attention, de la mémoire et du fonctionnement intellectuel (cognitif et psychomoteur), émotionnel et social. Ces troubles peuvent augmenter le risque d'accident, à la fois sur la route et au travail.

Des perturbations de la vie personnelle et familiale

Sur 100 personnes ayant un travail posté de nuit, au moins 30 souffriraient de troubles assez sérieux pour perturber la vie courante - notamment familiale.
Les horaires postés limitent les temps de rencontre au sein du couple et avec les enfants. Ils retentissent sur la vie sexuelle et peuvent provoquer des tensions liées à la frustration, à la culpabilité et à des troubles de santé. Ces difficultés sont parfois ressenties plus fortement par leurs familles que par les travailleurs postés eux-mêmes.
Il est probable que ces difficultés conduisent à un certain nombre de troubles mentaux, mais actuellement, on n'en a pas la preuve statistique.

De nombreuses perturbations : obésité, diabète, troubles cardiovasculaires

Le travail de nuit perturbe les prises alimentaires. Les horaires des repas sont décalés et il semble que le manque de sommeil augmente l'appétit. Des études montrent que les personnes qui travaillent la nuit sont plus souvent en surpoids ou obèses. Le travail de nuit augmente aussi le risque de diabète de type 2 (non dépendant de l'insuline), surtout lorsque les horaires sont variables. Il est possible aussi que les perturbations alimentaires liées au travail de nuit augmentent le risque d'hypercholestérolémie.
Il est probable que le travail de nuit augmente le risque de maladie des artères coronaires, et donc le risque d'infarctus du myocarde (attaque cardiaque). Il est aussi possible qu'il augmente les risques d'hypertension artérielle et d'accident vasculaire cérébral (AVC ou attaque cérébrale).


Les effets indésirables du travail de nuit et du travail posté ne se limitent pas à des troubles du sommeil : ils comprennent des accidents, des fausses couches, des infarctus et des cancers.

Des risques en cas de grossesse

Le travail posté ou de nuit augmente les risques d'avortement spontané (fausse couche), d'accouchement prématuré et de retard de croissance du fœtus. En France, les femmes enceintes (ou leurs médecins du travail) peuvent demander à être affectées à un travail de jour au lieu du travail posté ou de nuit pendant la durée de leur grossesse, sans diminution de leur rémunération (Article L1225-9 à L1225-11 du Code du Travail).

Augmentation de certains cancers : sein, prostate, etc.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC, ou IARC en anglais, qui dépend de l'Organisation mondiale de la santé) et de nombreux organismes internationaux considèrent le travail de nuit et le travail posté comme "cancérogènes probables". Les mécanismes explicatifs ne sont pas très clairs. Le travail de nuit provoque des variations de certaines hormones (mélatonine, cortisol). Il diminue les défenses immunitaires de l'organisme qui empêchent normalement le développement des cancers. Et il provoque des états inflammatoires chroniques (persistants) qui favorisent le développement de certaines cellules anormales.
Les études épidémiologiques (qui étudient les rapports entre les maladies et divers facteurs) permettent de conclure que le travail de nuit provoque très probablement des cancers du sein (surtout avant la ménopause), et sans doute aussi des cancers de la prostate, du côlon (gros intestin) et du rectum.

En définitive, les textes de loi qui déclarent que le travail de nuit devrait rester exceptionnel semblent sages. La question est de savoir s'ils sont véritablement respectés.

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a- On parle de travail posté lorsque le travail en équipe est organisé de sorte que les salariés sont occupés sur les mêmes postes de travail à différents moments de la journée (directives européennes 93/104/CE et 2003/88/CE). En général, pour un salarié donné, ces horaires changent régulièrement sur un rythme de quelques jours ou semaines (par exemple "les 3 fois 8h"). On parle de travail de nuit lorsque le travail s'accomplit entre 21h et 6h du matin (article L 3122-2 du Code du travail)

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Crédit photo : Ted's photos "For me & you" sur Visualhunt

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Sources

– Goldstein CA et coll. « Overview of circadian sleep-wake rhythm disorders », Cheng P et coll. «Sleep-wake disturbances in shift workers », In: UpToDate, Post TW (Ed), UpToDate, Waltham, MA, USA. (Mis à jour en novembre et décembre 2021)
- Moreno CRC et coll. "Working Time Society consensus statement: Evidence-based effets of shift work on physical and mental health" Industrial Health 2019 : 57 : 139-157.
- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) “Évaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit” juin 2016 : 430 pages.
- Leger D et coll. (Société française de médecine du travail) "Recommandation de Bonne Pratique - Surveillance médico-professionnelle des travailleurs postés et/ou de nuit" (Label Haute Autorité de Santé), mai 2012, version courte, 48 pages.
- Centre international de recherche sur le cancer “Night shift work” IARC monographs volume 124, OMS (WHO) 2020: 381 pages
- National Toxicology Program “NTP cancer hazard assessment report on night shift work and light at night” Public Health Service (U.S. Department of Health and Human Services) 2021 : 602 pages.
- Prescrire rédaction "Le travail de nuit “cancérogène probable”" Rev Prescrire 2021 ; 41(454) : 624-626.
- Code du travail, version en vigueur au 27 janvier 2022. Articles L1225-9 à L1225-11.
- Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre) "Travail de nuit d'une salariée enceinte" (Vérifié le 13 août 2021) Téléchargé le 27 janvier 2022 : 4 pages.
- Ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion "Travail de nuit, ce que dit le Code du Travail" Publié le 18 09 2015, mis à jour le 21 12 2021, téléchargé le 27 01 2022 : 9 pages.

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Travail posté : multiples troubles de santé, dont des infarctus et des cancers" ; 29 Jan 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-societe/travail-poste-multiples-troubles-de-sante-dont-des-infarctus-et-des-cancers/)
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