Dr Knock. Épisode 1 : qui était Knock

Même si vous avez oublié qui était le Dr Knock, vous connaissez sans doute sa phrase proverbiale : « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent. » En réalité, Knock est un médecin de fiction : le personnage principal d’une pièce de théâtre ironique.

« Knock, ou le triomphe de la médecine« , écrit par Jules Romains en 1923, a été mis en scène et interprété pour la première fois la même année par Louis Jouvet, à la Comédie des Champs-Élysées de Paris.

Un médecin à succès

Le Dr Knock prend la succession d’un médecin à la clientèle médiocre, dans un petit village. En quelques mois, il parvient à multiplier les malades au point de transformer l’unique hôtel du lieu en clinique. L’auteur analyse très finement les techniques qui permettent de « rendre malade » un maximum de personnes bien portantes, afin d’en faire des clients réguliers. Le Dr Knock commence par proposer des consultations gratuites au cours desquelles il détecte des maladies plus ou moins réelles, qui lui permettent de commencer des traitements de longue durée. C’est le tambour du village qui en fait l’annonce. Knock s’entend avec le pharmacien. Il s’organise aussi avec l’instituteur du village pour donner des conférences gratuites où il diffuse une information médicale destinée à effrayer les villageois et à leur donner envie de vérifier leur santé. L’auteur introduit très finement, de la sorte, la question des conflits d’intérêts dans l’information médicale.
De nos jours, Knock prendrait sans doute contact avec les industriels du médicament plutôt qu’avec le pharmacien local. Et plutôt qu’au tambour de ville et à l’instituteur, il ferait appel aux médias : presse, télévision, téléphone mobile, internet et réseaux sociaux.

Couverture de la première traduction
de Knock en espéranto, en 1932.

La société dans son ensemble est-elle devenue « knockiste » ?

À l’époque où la pièce a été créée, le personnage du Dr Knock avait quelque chose de tellement exagéré qu’il en était invraisemblable. Jouvet le jouait avec un visage imperturbable et grave, la mine presque sinistre. Le comique naissait en grande partie du contraste entre son sérieux, voire sa sévérité, et le caractère ahurissant (à l’époque) de ses déclarations et de sa pratique de la médecine. Depuis lors, les méthodes du Dr Knock se sont répandues, au point que de nos jours, son comportement ne surprend et n’étonne presque plus… et que la pièce semble beaucoup moins drôle. C’est que dans la société contemporaine, chacun (ou presque) est intimement convaincu que la « bonne santé » n’est qu’une illusion temporaire.
Dans une certaine mesure, nous sommes tous devenus plus ou moins « knockistes ». Moi compris. Le knockisme peut s’analyser comme une évolution sociale. Et la question se pose de savoir comment et jusqu’à quel point il faut lui résister.

Éthique et « religion médicale »

À la fin de la pièce, l’ancien médecin du village revient et interroge le Dr Knock sur la morale de son attitude : « Si je possédais votre méthode… est-ce que je n’éprouverais pas un scrupule ? (…) est-ce que dans votre méthode, l’intérêt du malade n’est pas un peu subordonné à l’intérêt du médecin ? » Le Dr Knock évite de répondre directement, et dévie l’attaque de manière admirable : « (…) vous oubliez qu’il y a un intérêt supérieur à ces deux-là. (…) Celui de la médecine. C’est le seul dont je me préoccupe. » Dans l’esprit de l’auteur, le Dr Knock n’est pas simplement un médecin escroc dont le seul but serait de s’enrichir rapidement aux dépens de ses patients (on n’ose pas écrire « de ses malades »). Le Dr Knock est aussi, et peut-être surtout, un manipulateur qui cherche gloire et puissance à travers une nouvelle religion, la religion médicale, à laquelle il finit par croire lui-même. Plusieurs éléments de la pièce renforcent cette interprétation, qui a clairement été confirmée et développée par l’auteur lui-même. Dans la dernière scène, juste avant le tomber de rideau, les assistants du Dr Knock « paraissent, porteurs d’instruments rituels, et défilent, au sein de la Lumière Médicale« . Heureusement, la pièce suggère aussi que la religion médicale n’a pas rallié à elle tous les médecins, ni tous les patients. Un des buts essentiels de ce blog est de combattre la religion médicale du Dr Knock.

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Article rédigé par Jean Doubovetzky sans conflit d’intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l’assurance maladie et les compagnies d’assurance ou mutuelles.

Crédit photo : anonyme sur le-livre.com

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Sources
Romains J « Knock ou le triomphe de la médecine », pièce de théâtre en trois actes représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, le 15 décembre 1923. Multiples éditions, par exemple Gallimard, Paris, 2000.

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CITER: Jean Doubovetzky "Dr Knock. Épisode 1 : qui était Knock" ; 30 Nov 2021 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/medias/dr-knock-episode-1-qui-etait-knock/)
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