Il serait grand temps de faire diminuer le nombre de certificats médicaux inutiles exigés de diverses institutions : clubs sportifs, établissements scolaires, etc. Ils représentent en effet souvent une perte de temps médical. Mais les habitudes ont la vie dure, et les médecins en arrivent parfois à rédiger des documents absolument loufoques… qui ne choquent personne.
Histoire du jour
C’est un certificat que j’ai dû rédiger aujourd’hui qui est le point de départ de cet article. La jeune femme qui me le demande a eu un accident de la route (heureusement peu grave) la semaine dernière. Elle est passée par l’hôpital d’une petite ville, à une cinquantaine de kilomètres de son domicile. Et malencontreusement, le médecin du service d’urgences a fait une erreur sur sa déclaration d’accident. En haut, il a correctement indiqué la date : 19 juin 2025. En bas, il a écrit par erreur : 19 juillet 2025.
Alors l’assurance maladie refuse le certificat et exige que la patiente retourne dans l’hôpital où elle a été soignée, qu’elle y retrouve le médecin qui a signé le certificat, et qu’elle lui demande de confirmer qu’il s’agissait bien du 19 juin et non juillet.
Un certificat absurde
Mais c’est qu’elle a mal, cette dame ! Elle vient d’être accidentée ! Pas question qu’elle conduise sur 50 kilomètres aller et autant retour ! Et son mari, eh bien… il travaille !
Alors je prends ma plus belle plume, et j’écris :
"Je soussigné DOUBOVETZKY Jean, docteur en médecine générale, certifie avoir reçu du Centre Hospitalier de VVVV (service des urgence) un compte-rendu qui indique bien que l’accident de travail de Madame WWWW Xxxxxx (née aa bb cccc - imm -----) a été examiné par le Dr YYYY Zzzzz en date du dix huit (18) juin 2025 et non 18 juillet (d’autant que le 18 juillet, c’est la semaine prochaine)."
Parce que quand même, un médecin qui aurait réussi à décrire le résultat d’un examen pratiqué … la semaine prochaine, il faudrait qu’il soit drôlement fort !
D’autres cas tout aussi fous
Certains certificats totalement absurdes sont réclamés par les établissements scolaires ou par les cantines (pour que les parents aient le droit de ne pas payer les repas non pris par leurs enfants malades). Par exemple, si l’infirmière d’un collège demande aux parents de venir chercher leur enfant malade et leur demande de le garder à la maison quelques jours pour éviter une contagion… il faut quand même qu’un médecin rédige une autorisation d’absence scolaire.
Parfois, un enfant vient me voir le jeudi, alors qu’il est guéri d’une petite infection qui a duré quelques jours. Mais il faut rédiger un certificat…
L’absurdité acceptée comme normale
Mettez-vous à ma place. Je n’ai le droit de certifier que ce que j’ai personnellement constaté. D’un autre côté, si je n’écris rien, ce sont les patients (ou leurs parents) qui vont être pénalisés, en raison d’un règlement idiot. Alors comment faire ?
En pratique, je rédige un certificat tout à fait inattaquable, ne contenant que des éléments incontestables. Voici : « Je soussigné certifie que l’enfant (Machin) ne pourra se rendre en cours du 8 au 12 juin 2025. Et je date du jour, à savoir le 13 juin 2025. » Si vous lisez bien, je certifie seulement que cet enfant ne possède pas de machine à remonter dans le temps, puisqu’il est bien évident que le 13 juin, il ne pourra revenir en arrière pour aller à l’école du 8 au 12. Eh bien ce certificat, je l’ai rédigé plusieurs dizaines ou peut-être plusieurs centaines de fois, et il n’a jamais posé problème à personne. Ni aux parents, ni aux enseignants, ni à l’administration scolaire.

Quelques propositions pour diminuer le nombre de certificats absurdes
Le Collège de la médecine générale est une association qui regroupe l’ensemble des organisations qui œuvrent pour la discipline médecine générale : syndicats représentatifs, structures scientifiques, structures académiques, structures de formation, associations pour la promotion de la spécialité. Il a émis un certain nombre de propositions qui visent à diminuer les certificats absurdes :
- Ouvrir la possibilité d’une absence courte au travail sans justificatif médical dans la limite de quelques jours par an, comme cela se fait ailleurs en Europe
- Transformer le certificat pour congé enfant malade en attestation sur l’honneur, en supprimant les quatre mots “constatés par certificat médical” de l’article L1225-61 du Code du travail ;
- Déléguer les prescriptions médicales de transport : cette tâche purement administrative fait l’objet de critiques régulières envers les médecins, alors qu’elle pourrait être entièrement déléguée à un personnel administratif ;
- Étendre aux associations et clubs non affiliés les règles d’inscription sportive proposées par les différentes fédérations, pour supprimer les certificats médicaux sportifs pour tous les mineurs (hors sport à contrainte particulière). Des auto-questionnaires de santé seraient plus utiles que des certificats médicaux annuels ;
- Permettre la délégation du renouvellement de soins infirmiers, de matériels médicaux (location de fauteuil roulant, de lit médical, etc.)
- Interdire les demandes illégales par des assureurs telles que les certificats d’incapacité de travail, d’invalidité, de décès ou d’annulation de voyage, exigeant des détails complets sur les antécédents médicaux ;
- Supprimer le certificat d’absence de contre-indication à l’accueil en collectivité – sans fondement logique car parallèlement il n’existe pas pour une entrée directe en maternelle – en abrogeant le récent décret n°2021-1131 du 30 août 2021 ;
- Arrêter une liste réglementaire opposable des certificats exigibles qui pourrait par exemple permettre ensuite le lancement d’une campagne d’information nationale sur la thématique “pas de justif’, pas de certif’” ;
- Supprimer certains certificats exigés par les crèches tels que l’absence inférieure à 4 jours, les certificats récurrents pour une nouvelle ordonnance de paracétamol devant le poids fluctuant d’un enfant de moins de 6 ans ; certificat de non-contre-indication à l’application de soins locaux avec des crèmes en vente sans prescription médicale ; certificat médical de vaccination (alors que la photocopie des pages vaccin des carnets de santé suffit) ;
- Les certificats péri-scolaires tels que l’absence à la cantine ou au centre aéré (pour permettre aux parents un remboursement) ;
- et encore bien d’autres…
Voilà déjà deux ans que ces propositions ont été faites.
Les hommes politiques (et les rares femmes politiques) ne cessent de prétendre qu’ils veulent « lutter contre les déserts médicaux ». Mais lorsque des simplifications évidentes, réclamées par les médecins, pourraient permettre de libérer du temps médical, soudain, cela ne semble intéresser personne. Cherchez l’erreur.
Lire aussi :
- Accélérer l’effondrement du système de santé
Sources :
- "Certificats absurdes" et "Le collège de la médecine générale, une structure fédérative". Consultés le 13 juillet 2025.
Crédits photo :
Image n°1 et n°2 : clichés personnels, Copyright Jean Doubovetzky.
