Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro de février 2025.
POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.
En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité.Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro de février 2025 (réf. 1).
Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments". Les prix indiqués proviennent de Prescrire ou du dictionnaire Vidal et sont arrondis à l’euro le plus proche. Le prix n’est généralement pas connu pour les médicaments réservés à l’hôpital ou non remboursables.
Bravo : Aucun - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis
Intéressant : Aucun - progrès thérapeutique important, avec certaines limites
Apporte quelque chose : Aucun – Un apport limité
Éventuellement utile : 3 - intérêt thérapeutique supplémentaire minime
- Mélatonine (Adaflex°, Voquily°) dans les insomnies des enfants avec TDAH non traités par psychostimulant. En cas de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) non traités par psychostimulant, la mélatonine a diminué de 35 minutes le délai avant endormissement des enfants, et allongé leur durée de sommeil. Mais elle n’a pas diminué les autres symptômes. La mélatonine peut provoquer des effets indésirables : troubles neuropsychiques, agressivité, troubles cardiaques, troubles digestifs, etc. Il ne faut donc pas en donner aux enfants sans vraie bonne raison (et en particulier en cas de traitement par psychostimulant – lire plus loin)
– Pembrolizumab (Keytruda°) dans certains cancers de l’estomac ou de l’oesophage impossibles à opérer ou avec métastases. Dans ces tumeurs, l’ajout du penbrolizumab à une chimiothérapie anticancéreuse a augmenté la durée de survie de 4 mois (20 mois au lieu de 16) uniquement dans des cas particuliers (lorsque la protéine HER-2 était retrouvée dans la tumeur). Mais ce médicament perturbe l'immunité, ce qui peut provoquer des effets indésirables graves. À noter qu’en l’absence de la protéine HER-2, le pembrolizumab n'a pas été comparé à l’autre traitement disponible (le nivolumab, d’efficacité au mieux modeste), et en l’absence d’essai vraiment démonstratif, mieux vaut se passer du pembrolizumab.
– Aflibercept (Eylea°) dans la rétinopathie des prématurés. Les enfants nés prématurés sont parfois atteints d’une maladie de la rétine (rétinopathie) qu’on traite par laser, ce qui améliore la vision à long terme. Un traitement par aflibercept semble peut-être moins efficace que le traitement par laser, et son effet à long terme sur la vision n’est pas connu. Mais il peut notamment être utile lorsque le traitement par laser n’est pas possible.
N'apporte rien de nouveau : 1
- Mélatonine (Adaflex°, Mélatonine Noxarem°) dans le décalage horaire (encore appelé jet-lag). Après un voyage en avion traversant plusieurs fuseaux horaires, le sommeil des voyageurs est souvent perturbé Dans certains essais, mais pas tous, la mélatonine a un peu diminué les symptômes du décalage horaire. Mais elle peut provoquer des effets indésirables parfois graves (dépression, convulsions, troubles cardio-vasculaires, etc. Mieux vaut s’en passer.
Notez que la mélatonine est commercialisée dans plusieurs situations différentes, et que l'avis de la revue Prescrire varie selon les situations (voir plus loin).

Pour lutter contre les effets du décalage horaire (ou jet-lag) :
- prendre de petits repas fréquents (au lieu de gros repas),
- limiter ou éviter l’alcool et le café,
- avoir une activité physique lors des moments de somnolence,
- programmer de courtes siestes dans la journée.
Cela vaut mieux que d’utiliser un somnifère ou de la mélatonine.
Pas d’accord : 4
- Mélatonine (Adaflex°, Voquily°) dans les insomnies des enfants avec TDAH traités par psychostimulant. En cas de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) traité par psychostimulant, seuls deux petits essais sont disponibles. L’un n’a pas démontré que la mélatonine réduit le délai d’endormissement des enfants, et l’autre a montré une petite diminution, de faible intérêt. Or certains effets indésirables de la mélatonine sont graves : dépressions, convulsions, douleurs cardiaques, hypertension artérielle, pancréatites… Il est donc incompréhensible que la mélatonine ait été autorisée dans ces situations.
– Chondroïtine comprimés 800mg (Chondrosulf°) dans l’arthrose. Que ce soit dans l’arthrose des mains, du genou ou autre, même au nouveau « fort dosage » autorisé, la chondroïtine n’a pas plus d’effet démontré qu’un placebo. Et elle peut provoquer des problèmes de peau, des réactions allergiques, des troubles digestifs et des troubles neuropsychiques parfois graves. Des risques qu’il vaut mieux ne pas courir.
– Andexanet alfa (Ondexxa°) dans les hémorragies lors de certains traitements. Les médicaments anticoagulants dits « xaban » (apixaban, rivaroxaban…) peuvent provoquer des hémorragies graves. Dans cette situation, des arguments chimiques font penser que l’andexanet pourrait améliorer la coagulation sanguine. En réalité, dans un essai où un xaban était associé à une hémorragie cérébrale, l’andexanet a très faiblement diminué la taille de l’hématome intracérébral, mais il a provoqué des accidents vasculaires par manque d’apport d’oxygène (ischémie) et peut-être une augmentation du nombre de morts. À ne pas utiliser !
– Luspatercept (Reblozyl°) dans certaines anémies des bêtathalassémies. Les thalassémies sont des maladies génétiques qui touchent les globules rouges du sang, parfois sans gravité, parfois plus graves, nécessitant des transfusions répétées, et s’accompagnant de tumeurs bénignes (non cancéreuses) mais pénibles, de complications osseuses, d’ulcères de jambes, etc. Dans un essai concernant certains types de bêtathalassémie, le luspatercept a un peu diminué le niveau d’anémie, mais sans diminuer les complications et sans améliorer la qualité de vie des patients. Par contre, il a provoqué des effets indésirables nombreux et parfois graves, dont des maladies rénales éventuellement mortelles et des troubles cardiaques.
La rédaction ne peut se prononcer : Aucun
Mauvaises nouvelles : 1
- Le métamizole (ou noramidopyrine ou dipyrone) est toujours commercialisé en Europe. Ce médicament est un antidouleur dont l’efficacité démontrée n’est pas supérieure aux anti-inflammatoires (comme l’ibuprofène). Parmi ses effets indésirables, des agranulocytoses, autrement dit la diminution rapide, profonde et imprévisible de certains globules blancs. Cette complication est notamment à l’origine d’infections graves, et elle est parfois mortelle. Malgré l’opposition d’un bon nombre de pays, l’agence européenne du médicament a maintenu son autorisation de commercialisation.
Bonnes nouvelles : 1
- Le métamizole (ou noramidopyrine ou dipyrone) n’est plus commercialisé en France. Sa présence ne manque pas, car de très nombreux autres médicaments ont une efficacité antidouleur équivalente ou supérieure. Ses effets indésirables mortels ont été identifié dès les années 1970 aux USA, mais il a fallu attendre le milieu des années 2000 pour qu’il soit retiré du marché français, et il est encore commercialisé dans une vingtaine de pays européens, dont dont la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie : à éviter absolument si vous voyagez !
a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (réf. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.
Lire aussi :
- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- La médecine n'a pas pour but de guérir des maladies
- Médicaments à ne pas utiliser : 2024
Sources 1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2024 ; 45 (496) : 91-114. 2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40 (442) : 621-624.
Crédits photo :
Image n°1 : "Femme noire aux médicaments" par Jean Doubovetzky sur Create Microsoft.
Image n°2 : "Dreaming" (recadré) par Stig Nygaard sur Flickr.
