Le surdiagnostic : une notion essentielle

Par le 14 décembre 2021, actualisé le 17 Mar 22.

Le surdiagnostic est une maladie de la médecine moderne, qui aboutit à transformer en malades des gens en bonne santé. Alors qu'ils ne souffraient de rien et n'auraient jamais souffert de leur "maladie" pendant toute leur vie, voilà qu'ils sont conduits à se faire surveiller, à se soigner, et souvent à modifier leur mode de vie. Avec parfois d'importantes conséquences pour leur vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle.

Le surdiagnostic enfin intégré dans les mots-clé des moteurs de recherche

Les mots-clé des moteurs de recherche des bases de données médicales servent à classer et surtout à retrouver les articles médicaux sur un sujet donné. En décembre 2021, la National Library of Medicine des USA a intégré les mots "overdiagnosis" (en français, diagnostic par excès ou surdiagnostic) et "overtreatment" (surtraitement) parmi les mots-clé de la plus utilisée des bases de données médicales au monde. Ce n'est pourtant pas une notion récente, et le terme se trouve sans difficulté dans les textes médicaux depuis plus de 15 ans. De quoi s'agit-il ?

Chaque fois qu'on dépiste une "maladie" (ou un facteur de risque) chez des personnes qui ne souffrent de rien, on détecte presque forcément cette "maladie" chez des gens qui n'en auraient jamais souffert de toute leur vie, et qui seraient finalement morts d'autre chose (a,b).

Quelques exemples : tension artérielle, cholestérol, ostéoporose, cancers

Lorsqu'on prend un traitement anti-hypertension artérielle ou un traitement anti-cholestérol, le but est de diminuer le risque d'infarctus du myocarde (attaque cardiaque) ou d'accident vasculaire cérébral (AVC ou attaque cérébrale). On dit bien "diminuer le risque". Parmi les personnes qui ont une tension artérielle élevée, un certain nombre ne seront jamais atteint d'un infarctus ou d'un AVC, même s'ils ne prennent aucun traitement. Pour ceux-là, le diagnostic d'hypertension est un surdiagnostic, et le traitement est un surtraitement : ils en ont les inconvénients, mais aucun avantage.

C'est la même chose lorsqu'on dépiste l'ostéoporose en utilisant une mesure de la densité osseuse chez des personnes qui n'ont pas eu de fracture anormale, ou qu'on dépiste certains cancers en l'absence de symptôme (thyroïde, prostate, sein, poumons, etc.)

"On reconnaît un bon médecin
au nombre de ses patients qui n'ont plus besoin de traitements,
et pas au nombre de patients qu'il met sous traitement."

Surdiagnostic et surtraitement touchent une grande partie de la médecine

S'ils ne recevaient aucun vaccin, tous les enfants qui naissent ne seraient pas atteints de tétanos ou de poliomyélite. Seul un petit nombre en seraient atteints. Autrement dit, seule une petite minorité d'enfants tirent un bénéfice réel de la vaccination.
S'ils ne recevaient pas d'antibiotique, la plupart des malades atteints de bronchite aiguë guériraient. Et donc, pour la majorité des malades atteints de bronchite aiguë, le traitement antibiotique est un surtraitement.
Un grand nombre de personnes atteintes de dépression ou d'insomnie guériraient sans médicament antidépresseur ou somnifère.
On pourrait multiplier les exemples.

Surdiagnostic et surtraitement sont parfois acceptables

Ce n'est pas parce qu'une démarche médicale entraîne du surdiagnostic ou du surtraitement qu'il faut nécessairement y renoncer. Parfois, le bénéfice potentiel qu'on peut tirer du diagnostic et du traitement dépasse l'inconvénient du surdiagnostic et du surtraitement. Et parfois non.

C'est comme pour tous les effets indésirables en médecine : il faut comparer le risque encouru et le bénéfice espéré. Cela dépend de la maladie (ou du facteur de risque) en question, de la gravité et de la fréquence de ses complications, du taux d'erreur des méthodes diagnostiques, de l'efficacité et des effets indésirables des traitements, etc. Et la réponse n'est pas forcément la même d'une personne à l'autre. Autrement dit, évaluer la balance des bénéfices potentiels et des risques est souvent délicat, et il faut se garder de tout jugement hâtif. En outre, plus la situation est complexe, plus elle rend indispensable un dialogue continu et informé entre patients et soignants.

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a- En réalité, très souvent, ce qu'on dépiste chez une personne en bonne santé, qui ne se plaint de rien, n'est pas une maladie, mais seulement un "facteur de risque" de maladie : une situation dans laquelle le risque d'être un jour malade est augmenté. Ainsi l'hypertension, la diminution de la densité des os (en l'absence de fracture anormale), l'hypercholestérolémie sont pas des maladies.

b- Nous en verrons de nombreux exemples, au fur et à mesure du développement de ce blog.

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Article rédigé par Jean Doubovetzky sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

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Définitions du surdiagnostic

Selon le dictionnaire Larousse en ligne
Diagnostic par excès, avec application de critères élargis, de certaines maladies (cancers, maladies métaboliques ou hormonales) qui n’auraient jamais eu de conséquences sur la santé du patient malgré les anomalies cellulaires ou biologiques observées.

Selon la base de données de la National Library of Medicine des USA
L'étiquetage (comme malade) d’une personne atteinte d'une maladie ou condition anormale qui ne lui aurait pas causé de préjudice si elle n'avait pas été découverte ; la création de nouveaux diagnostics en médicalisant des expériences ordinaires de la vie, ou l'amplification de diagnostics existants en abaissant les seuils de diagnostic ou en élargissant les critères de définition sans preuves d’amélioration.
Les personnes ne tirent aucun bénéfice clinique du surdiagnostic, mais elles peuvent en subir un préjudice physique, psychologique ou financier.

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Sources
- NIH National Library of Medicine “New MeSH Headings by Subcategory - Report for Year (DX)2022" Page internet "What's new in MeSH" Site https://www.nlm.nih.gov ; Dernière révision le 13 décembre 2021, téléchargé le 13 décembre 2021.
- Woloshin S, Kramer B "Overdiagnosis: it's official" Br Med J 2021; 375: n2854. https://doi.org/10.1136/bmj.n2854
- Fédération scandinave des médecins généralistes “Surdiagnostic et autres excès en médecine" Prescrire 2019 ; 39 (429) : 552-554.
- Fletcher GS et coll. "Evidence based approach to prevention" . In: UpToDate, Post TW (Ed), UpToDate, Waltham, MA, USA. (Mise à jour octobre 2021)

À lire aussi
- "Le surdiagnostic, c'est officiel" Cancer-rose, 13 décembre 2021.
- Billon-Bernheim E "Surdiagnostics. Quand la médecine nous rend malades" UFC Que choisir. 24 février 2020.
- Welch HG et coll. "Overdiagnosed: Making people sick in the pursuit of health" Beacon Press, Boston (USA), 2012.

Pour les professionnels

"Preventing overdiagnosis (Winding back the harms of too much medicine)"
"Wiser Healthcare (A research collaboration ofr reducing overdiagnosis and overtreatment)"

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Le surdiagnostic : une notion essentielle" ; 14 Déc 2021 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-actualites/le-surdiagnostic-une-notion-essentielle/)
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