La revue Prescrire et les vaccins Covid - seconde partie

Par le 28 février 2022, actualisé le 28 Fév 22.

Un internaute m'a posé une série de questions vraiment importantes. Les résultats des essais sur les vaccins Covid sont-ils publics ? Est-il normal qu'ils soient réalisés par les laboratoires pharmaceutiques ? Comment la revue Prescrire se forge-t-elle un avis ? Comment sont décidés les prix des médicaments ? Les industriels du médicament se rendent-ils coupables de corruption ?

Le courriel intégral du lecteur et mes réponses à ses deux premières questions. ont déjà été publiées.
Voici mes réponses aux trois dernières questions.

Il est impossible aux prescripteurs de "ne pas prendre position"

Courriel de l'internaute : « D'ailleurs je me demande comment la revue "Prescrire" se permet de donner un avis alors qu'elle n'est pas en possession des résultats... »

Depuis plus de 40 ans, la revue Prescrire examine tous les médicaments nouvellement commercialisés en France ou ayant obtenu une modification de leur autorisation de mise sur le marché. La méthode employée est la même pour tous les médicaments, dont font partie les vaccins (Covid ou autres).
Lorsqu'un médicament est commercialisé, les professionnels de santé doivent immédiatement adopter une attitude : ou bien ils changent leurs habitudes et utilisent ce médicament (systématiquement ou seulement dans certaines situations), ou bien ils ne changent pas leurs habitudes et ils ne l'utilisent pas. Les prescripteurs ne peuvent pas « réserver leur jugement et rester neutre » : les malades sont devant eux et il faut leur répondre.
Donc de manière générale, les prescripteurs ont l’obligation de se faire une idée et de prescrire ou non. Un des objectifs prioritaires de Prescrire est de les aider dans ce choix. Prescrire se fait donc une obligation de répondre rapidement, avec les données qu’elle a recueillies.

Une importante documentation

La recherche de données est particulièrement consciencieuse chez Prescrire. Au point que nombre de revues, chercheurs et organismes internationaux la citent en exemple. Cette méthode a fait l’objet d’articles descriptifs et elle est donc publique. En outre, les détails de la recherche sont précisés dans chaque article, avant la bibliographie. Le document à télécharger tout à fait en bas de page renferme le descriptif contenu dans un article sur les vaccins ARNm contre la Covid publié en avril 2021.
Les firmes pharmaceutiques sont toujours interrogées et certaines coopèrent (mais à propos des vaccins, ni Pfizer ni Moderna n'a joué la transparence). Une fois la documentation faite, ou bien elle semble suffisante pour donner un avis. Ou bien Prescrire décide que « La rédaction ne peut se prononcer ».
Mais dans le cas de vaccins Covid, courant 2021, on avait :
des documents des agences du médicament américaine et européenne, avec les compte-rendus des essais qui décident de la mise sur le marché ;
des essais publiés dans les grandes revues internationales de médecine ;
des études épidémiologiques faites dans les pays ayant le plus vite organisé la vaccination (par exemple Israël) ;
des études de pharmacovigilance publiées un peu partout dans le monde.
Les documents-source, où sont notés les détails de chaque personne incluse dans les essais, n'étaient pas accessibles. Les agences du médicament ont l'obligation de les publier, mais elles traînent souvent des pieds. Ces documents de plusieurs centaines de milliers de pages ne sont utiles qu'aux chercheurs. Aucune revue ne les utilise directement.
Le document à télécharger tout à fait en bas de page contient les références d'un article sur les vaccins ARNm contre la Covid publié en avril 2021. Vous y verrez toutes les catégories de sources que je viens de mentionner. Il y en a plus de 2 000 pages. Et il faut compter avec tous les articles qui ont été lus et rejetés par la rédaction, soit comme pas assez pertinents, soit comme pas assez solides. 

La revue Prescrire impose à ses rédacteurs un minutieux travail de documentation, de lecture critique, d'écriture précise, ainsi qu'un circuit de vérification portant sur tous les aspects de la rédaction.

Opacité financière

Courriel de l'internaute : « Madame Rivasi Michèle, député européenne; membre de la commission santé, n'a toujours pas réussi à ce jour à obtenir les contrats concernant ces vaccins. Une action est d'ailleurs engagée à l'encontre de la commission européenne auprès de la Cour de Justice Européenne... Aux USA, le cabinet Aaron Siri a engagé, au nom d'un collectif, une procédure pour obtenir l'intégralité des contrats Pfizer ».

Il ne faut pas confondre l'information concernant les maladies et leurs traitements (dont les médicaments) et l'information concernant l’attribution des marchés, les achats aux laboratoires, les négociations sur les prix. Si on se demande "ce nouveau traitement a-t-il un meilleur profil bénéfices potentiels / risques qu'un placebo ou que les traitements qui existent déjà", seule l'information médicale est intéressante. Et bien sûr que dans ce domaine, il y a des zones d'ombre, des opacités et des distorsions qui peuvent tromper les rédacteurs les plus chevronnés et les prescripteurs.

Les opacités qu'on observe dans le domaine financier donnent de bonnes raisons de s'indigner, car il en résulte généralement l'impossibilité de soigner les personnes les plus fragiles de la planète. Et malheureusement, ce n’est en rien une spécificité des vaccins Covid : on a les mêmes problèmes pour toutes sortes de médicaments. Voir par exemple l'affaire Sovaldi. Mais (je me répète) on est là dans le domaine économique et politique, pas dans le domaine de l’efficacité et des risques médicaux. 

Un niveau de corruption sans précédent ?

Courriel de l'internaute : « Jamais, nous n'avons été en présence d'une telle situation où se mêlent des soupçons de corruption, prise illégale d'intérêts, favoritisme, concussion, détournements d'argent public, etc... ».

Je crois que cette idée est malheureusement trop optimiste. Non, hélas, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Toutes les quelques années, un scandale éclate. Les gouvernements, la main sur le cœur, déclarent alors qu’ils vont prendre des mesures radicales et que cela n'arrivera plus jamais… et puis après quelques réformes cosmétiques et promesses solennelles, tout recommence comme avant. Cherchez et vous trouverez : l’affaire Vioxx°, l’affaire Mediator°, l’affaire du sang contaminé, l’affaire de la vitamine A, et bien d’autres encore. 
Chaque année, la rédaction Prescrire publie une liste des médicaments qui, à son avis, devraient être retirés du marché et … il est bien rare qu’ils le soient. Ou alors après un délai qui dépasse souvent la dizaine d’années.

Je ne dis pas que Prescrire a toujours raison. Mais en tout cas son travail est consciencieux, acharné, précis. Chaque référence, chaque affirmation, chaque chiffre est vérifié, et plutôt deux fois qu'une. On peut occasionnellement trouver contestables les conclusions de la rédaction Prescrire, mais on ne peut pas lui reprocher de s’avancer sans une méthode précise et un travail scientifique de haut niveau. 

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Lire aussi :

Crédit photo : "Mediaeval and modern history" (1905), page 51 (domaine public)
Internet Archive Book Images sur VisualHunt

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Sources

- Prescrire rédaction "tozinaméran (Comirnaty°), vaccin covid-19 ANRm-1273 (covid-19 vaccine Moderna°) et pandémie de covid-19" Rev Prescrire 2021 ; 41(450) : 245-1 à 245-13 (version électronique).
- Prescrire rédaction "Pourquoi Prescrire ?", 2019 et "L'histoire collective du chemin d'un texte de Prescrire", 2012. Site internet www.prescrire.org/
- Prescrire rédaction "Le chemin d'un article. Première partie, la revue Prescrire" Rev Prescrire 2000 ; 20(206) : 386-388.
- Gøtzsche P "Remèdes mortels et crime organisé : Comment l'industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé" Presses de l'Université de Laval (Québec, Canada) 2019 : 608 pages.

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Vous trouverez en pièce jointe à télécharger
1) le texte intégral de l'information sur la recherche documentaire effectuée par Prescrire à l'occasion d'un article publié en avril 2021 sur les vaccins Covid-19 de Pfizer et de Moderna (ref. 1).
2) les références venant à l'appui du même article (ref. 1). J'en ai seulement éliminé les articles référençant des notions un peu générales dans l'introduction. Au total, ces références portent sur plus de 50 documents et 2 000 pages.

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "La revue Prescrire et les vaccins Covid - seconde partie" ; 28 Fév 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-actualites/la-revue-prescrire-et-les-vaccins-covid-seconde-partie/)
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