Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro de juin 2025.
POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.
En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité. Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro de juin 2025(réf. 1).
Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments". Les prix indiqués proviennent de Prescrire ou du dictionnaire Vidal et sont arrondis à l’euro le plus proche. Le prix n’est généralement pas connu pour les médicaments réservés à l’hôpital ou non remboursables.
Bravo : Aucun - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis
Intéressant : Aucun - progrès thérapeutique important, avec certaines limites
Apporte quelque chose : 1
- Alectinib (Alecensa°) en premier traitement de certains cancers bronchiques. Il s'’agit des cancers bronchiques dits « non à petite cellules ALK-positifs » avec métastases et n’ayant encore eu aucun traitement. Dans ce cas précis, l’alectinib a diminué le risque de mourir par comparaison au crizotinib. Mais il n’a pas augmenté la durée de vie lorsqu’il a été utilisé après une autre chimiothérapie.
Éventuellement utile : 0 - intérêt thérapeutique supplémentaire minime
Rien en juin 2025
N'apporte rien de nouveau : 4
- Insuline icodec (Awiqli°) dans le diabète de type 2. Par comparaison avec l’insuline dégludec, cette insuline a pour seul avantage d’être administrée en injections hebdomadaires, mais elle provoque nettement plus d’hypoglycémies, et peut-être plus d’atteintes de la rétine de l’œil.
- Progestérone 400mg en ovules (Amelgen°) dans la procréation médicalement assistée. Possiblement moins efficace que la forme gel à laquelle elle a été comparée, il n’y a pas de raison de la choisir.
– Aztréonam + avibactam (Emblaveo°) dans certaines infections graves. L’associationd’un antibiotique à large spectre et d’un inhibiteur des bêtalactamases est logique dans certaines infections graves. Mais celle-ci n’a pas été comparée aux associations qui existent déjà. Dommage...
- Alectinib(Alecensa°) dans certains cancers bronchiques. Il s’agit des cancers bronchiques dits « non à petite cellules ALK-positifs » en traitement supplémentaire (adjuvant) après chirurgie. Mais selon le seul essai disponible, il n’est pas démontré que l’alectinib allonge la durée de vie par rapport à une chimiothérapie classique, alors qu’il provoque plus d’effets indésirables graves.

Et ils ont des effets délétères sur la faune.
Pas d’accord : 4
- Insuline icodec (Awiqli°) dans le diabète de type 1. Cette insuline en injections hebdomadaire ne présente pas d’avantage clinique démontré sur l’insuline dégludec mais elle provoque nettement plus d’hypoglycémies.
- Étrasimod (Velsipity°) dans la rectocolite hémorragique. Il n’a pas été comparé à un autre immunodépresseur, et ses preuves d’efficacité versus placebo sont fragiles. Alors que les risques, eux, sont bien réels.
- Bimékizumab (Bimzelx°) dans l'hidrosadénite suppurée ou maladie de Verneuil. C’est une maladie inflammatoire des racines des poils provoquant des boutons douloureux, et parfois des abcès, des fistules, des suppurations prolongées. Deux petits essais ne démontrent pas d’amélioration de la qualité de vie ou de l’évolution à long terme, ni une diminution des poussées ou du recours à la chirurgie. Or les risques d’un immunodépresseurs sont sérieux, surtout pour un traitement de longue durée.
– Acide tranexamique en sachets (Haima°) dans les règles abondantes. Diverses formes d’acide tranexamique (comprimés, solution buvable) sont commercialisées depuis des années dans les saignements, avec peu de preuves d’efficacité et des effets indésirables parfois graves : caillots dans les artères ou les veines, embolies pulmonaires, convulsions, troubles visuels, etc. Autant s’en passer !
La rédaction ne peut se prononcer : 1
– Vaccin tétravalent à virus atténué et modifié (Qdenga°) contre la dengue. Ce vaccin diminue pendant plusieurs années le risque de dengue. Mais il n’est pas démontré qu’il diminue les formes graves. Il pourrait même les augmenter ! Attendons d’en savoir plus, et surtout ne l’utilisons pas chez les femmes enceintes et les patients immunodéprimés.
Mauvaises nouvelles : 2
- Une association de carbonate de calcium + bicarbonate de sodium + 5 plantes(Neobianacid°) commercialisée comme « dispositif médical » contre les brûlures d’estomac et les remontées acides : à éviter ! Comme officiellement il ne s’agirait pas d’un médicament (au sens légal), les contrôles de qualité sont allégés… Comme en outre son évaluation est… disons faiblarde, qu’on n’a pas la preuve qu’elle fasse mieux qu’un médicament antiacide, et qu’on n’en sait pas beaucoup sur ses effets indésirables, on ne peut que regretter cette mise sur le marché. Il faut particulièrement l’éviter chez les femmes enceintes ou allaitantes. A partir du 2etrimestre de la grossesse, ce « non médicament » peut provoquer des troubles chez le fœtus, et notamment des troubles du rythme cardiaque.
- Désogestrel : attention au méningiome. Le désogestrel est une hormone progestative utilisée en France comme contraceptif, soit seul (Cerazette°ou autre), soit en association avec de l’ethinylestradiol (Mercilon°, Varnoline° ou autre). Dans tous les cas, son utilisation augmente le risque de tumeur des méninges (méningiome). Ce risque est augmenté en cas de symptômes compatibles avec un méningiome ou d’utilisation préalable d’un autre progestatif à risque de méningiome. Une IRM cérébrale est alors recommandée.
Bonnes nouvelles : 1
- Des prothèses capillaires (perruques) autologues maintenant remboursables. Les prothèses capillaires sont dites autologues lorsqu’elles sont fabriquées avec les propres cheveux du patient. Les prothèses de ce type de la marque Pas d’chichi° sont remboursables par l’assurance maladie si elles sont prescrites par un médecin ou une infirmière de pratique avancée dans le cadre d’un parcours de soin coordonné en cancérologie, ou par un dermatologue.
a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (réf. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.
Lire aussi :
- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- La médecine n'a pas pour but de guérir des maladies
- Médicaments à ne pas utiliser : 2024
Sources
1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2025 ; 45 (500) : 404-431.
2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40 (442) : 621-624.
Crédits photo :
- Image n°1 : "Unhealthy diet and treatment" par Marco Verch sur Flickr (recadré).
- Image n°2 : "Contraception et dépistage" par N Duprey sur Flickr (recadré).
