Pros : Prescrire, octobre 2024 : médicaments utiles et inutiles

Par le 11 mars 2025, actualisé le 11 Mar 25.

Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro d’octobre 2024. 

En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité.Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro d’octobre 2024 (réf. 1).

Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments". Les prix indiqués proviennent de Prescrire ou du dictionnaire Vidal et sont arrondis à l’euro le plus proche. Le prix n’est généralement pas connu pour les médicaments réservés à l’hôpital ou non remboursables.

Bravo : Aucun - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis

Rien en octobre 2024

Intéressant : Aucun - progrès thérapeutique important, avec certaines limites

Rien en octobre 2024

Apporte quelque chose : 1 – apport limité

- dostarlimab (Jemperli°) dans certains cancers de l’utérus. Il s’agit des cancers de l’endomètre avancés ou récidivants avec anomalies de réparation de l’ADN. Dans ces cas, dans un essai en association avec du carboplatine et du paclitaxel, le dostarlimab semble avoir diminué la mortalité qui est passée de 54 % à 23 %. Par contre, en l’absence d’association et après échec d’un autre traitement, pas de progrès démontré pour les patients.

Éventuellement utile : 1 - intérêt thérapeutique supplémentaire minime

- évinacumab (Evkeeza°) pour hypercholestérolémie familiale à partir de l’âge de 5 ans. Dans ces maladies rares mais graves, le risque d’accident cardiovasculaire (infarctus, AVC) est élevé dès l’enfance. Dans un essai sur 20 patients, l’évinacumab a diminué de moitié le LDL-cholestérol. La diminution du risque n’a pas été mesurée, mais cette mesure est difficile dans une maladie aussi rare (prix maximum 6 070,59 € HT le flacon).

Que l’on soit diabétique ou non, une alimentation saine ne se résume pas à éviter le sucre dans le café et les bonbons.
De même, le traitement du diabète sucré ne se limite pas à faire baisser le taux de glucose dans le sang (glycémie).
Les buts sont d'augmenter la durée de vie et de diminuer le risque de complications.

N'apporte rien de nouveau : 5 

- atogépant (Aquipta°) en prévention des crises de migraine. Dans cette situation, le premier médicament à essayer est le propranolol, puis l’amitriptyline ou l’acide valproïque. Non seulement l’atogépant ne leur a pas été comparé, mais encore il est à l’origine d’effets indésirables parfois graves, et il est à éviter chez les femmes enceintes ou qui pourraient l’être. (Non remboursable).
- dalbavancine (Xydalba°) dans les infections graves de la peau dues à des bactéries, à partir de l’âge de 3 mois. Elle n’a pas été comparée aux autres antibiotiques, et son utilisation n’a pas fait l’objet d’analyses statistiques. En somme, on ne sait pas grand-chose à son sujet. (Non remboursable, prix de vente au public libre).
- dulaglutide (Trulicity°) et diabète de type 2 chez les enfants à partir de 10 ans. Dans la même situation, l’intérêt du liraglutide est mal établi. Et celui du dulaglutide pas mieux : on sait qu’il fait baisser la glycémie moyenne (ou l’hémoglobine glyquée – HbA1c). Mais améliore-t-il la santé des patients ? Mystère.
- éravacycline (Xerava°) et infections compliquées de l’abdomen. Deux essais l’ont comparé à d’autres antibiotiques, mais selon une procédure qui ne permettait pas de savoir si elle apportait une amélioration. Or il pourrait y avoir une augmentation de mortalité…
- lisocaptagène maraleucel (Breyanzi°) dans certains lymphomes en rechute ou résistant au traitement. Encore un traitement qui n’a pas été comparé à ceux qui existent déjà, et qui ne semble pas augmenter la durée de vie.

Pas d’accord : Aucun

- Rien en octobre 2024

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La rédaction ne peut se prononcer : 1

- mavacamten (Camzios°) dans la cardiomyopathie hypertrophique. Cette maladie est souvent génétique. Elle provoque un épaississement des parois du coeur, avec un risque d’insuffisance cardiaque et de mort subite chez des patients jeunes. Dans trois essais, le mavacamten a diminué les troubles (par exemple la difficulté à respirer) et le besoin de chirurgie, mais on ne sait pas s’il diminue le risque de mourir ou les complications à long terme. Et ses effets indésirables sont mal connus et parfois graves. Attendons d’en savoir plus (1383,69 € les 28 gélules).

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Mauvaises nouvelles : 3

La trimétazidine, la tianeptine et la pseudoéphédrine toujours sur le marché français. Ces trois médicaments sont sur la liste des médicaments à écarter de Prescrire depuis sa première édition. Et pourtant, ils sont toujours en vente en France.
- La trimétazidine (Vastarel°) ou autre) est sans efficacité démontrée dans l’angor (risque de crise cardiaque), et un nouvel effet indésirable a récemment été identifié.
- La tianeptine (Stablon° ou autre) est utilisée comme antidépresseur, mais son efficacité n’est pas démontrée. Et elle peut provoquer une toxicomanie, des convulsions, des comas et des morts.
- La pseudoéphédrine vise seulement à déboucher le nez. Et cet objectif ne vaut certainement pas de risquer sa vie dans un accident cardiaque ou d’avoir un problème cérébral sérieux. Quand les autorités de santé se décideront-elles enfin à les retirer du marché ? En attendant, prenez soin de vous : n’utilisez aucun de ces médicaments.

Bonnes nouvelles : Aucune

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a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (réf. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.

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Lire aussi : 
Les objectifs des traitements et des diagnostics
La médecine n'a pas pour but de guérir des maladies
Médicaments à ne pas utiliser : 2024

Sources
1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2024 ; 44 (492) : 724-746. 
2-Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40 (442) : 621-624.

Crédits photo :
Image n°1 : "Paysage tropical aux médicaments" par Jean Doubovetzky sur Microsoft Designer.
Image n°2 : "Sugar coated" par Arbyreed sur Flickr

Rédigé par sans lien d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Pros : Prescrire, octobre 2024 : médicaments utiles et inutiles" ; 11 Mar 2025 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-medicaments/pros-prescrire-octobre-2024-medicaments-utiles-et-inutiles/)
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