Les examens médicaux visent à prendre des décisions. Qu’il s’agisse d’un examen clinique (écouter le poumon, examiner une articulation, mesurer la pression artérielle, etc.) ou d’un examen complémentaire (une radiographie, un dosage dans le sang ou les urines, etc.), l’objectif est de savoir la meilleure conduite à tenir pour le patient : poursuivre des examens ? Donner un traitement ? Proposer un changement de mode de vie ? Attendre sans rien faire ?
Si on se laisse aller à pratiquer des examens « pour savoir » ou « pour se rassurer », on va immanquablement au devant des ennuis, et en particulier de la détection de maladies qui n’existent pas. Le cas de l’IRM de l’épaule est typique.
Et si on me faisait une IRM « pour savoir ce que j’ai » ?
Une étude s’est demandé quelles informations apportait vraiment une IRM de l’épaule chez plus de 600 personnes âgées de 41 à 76 ans avec ou sans douleur de l’épaule. Des IRM ont donc été pratiquées et examinées par des radiologues qui ne savaient pas si les personnes concernées avaient ou non des douleurs.
On n’en sait pas plus avec l’IRM
Résultat, l’IRM a montré des images anormales chez 98 % des personnes ayant des douleurs de l’épaule, et chez 96 % des personnes n’ayant aucune douleur de l’épaule. Autrement dit, sur 100 personnes ayant des douleurs de l’épaule, l’IRM était normale chez seulement 2 personnes, et sur 100 personnes n’ayant aucune douleur de l’épaule, l’IRM était normale chez seulement 4 personnes.
Il n’y avait pas de différence statistique entre les deux groupes, et il n’est pas difficile de conclure que l’IRM n’a donc apporté aucune information : elle ne sert donc tout simplement à rien.
Les risques d’un examen inutile
Puisque presque toutes les IRM de l’épaule montrent des anomalies chez les personnes âgées de plus de 40 ans, le risque est évidemment le sur-traitement. Imaginez que vous avez mal à l’épaule depuis quelques temps. Vous demandez imprudemment à votre médecin une IRM et lui, se laissant (sottement) faire, vous la prescrit. Bien évidemment, l’IRM va être anormale. Il y a toutes chances pour qu’elle montre une déchirure partielle ou totale d’un ligament ou d’un autre.
Le risque principal, c’est de croire qu’il y a un rapport entre cette image et votre douleur, et de conclure qu’une opération chirurgicale peut vous aider. En réalité, si vous n’aviez pas eu de douleur, l’IRM aurait sans doute également montré une anomalie quelconque.

Il faut beaucoup plus de vraie science pour examiner une épaule et prendre de bonnes décisions à son propos que pour prescrire une IRM inutile.
De plus en plus d’interventions chirurgicales
Il ne s’agit pas là d’une hypothèse en l’air. Le fait est que de plus d’IRM de l’épaule sont pratiquées… et aussi de plus en plus d’interventions chirurgicales. Et les deux sont liées.
Des inconvénients pour le système de santé et pour la planète
Pratiquer des IRM inutiles n’a pas que des inconvénients pour les patients. Le système de santé en soufre aussi : les appareils à IRM sont pris par un grand nombre d’examens inutiles. Lorsqu’un examen est vraiment utile et urgent, les patients qui en ont vraiment besoin doivent attendre des semaines, parfois des mois, en raison du grand nombre d’examens inutiles qui sont programmés.
Et bien entendu, pour fabriquer des appareils à IRM et pour les faire fonctionner, il faut des matières premières parfois rares et onéreuses, et aussi de l’énergie électrique… des ressources qu’il faudrait préserver autant que possible pour tenter d’enrayer l’aggravation des conditions de vie sur la planète.
Les examens qui n’améliorent pas la décision médicale ne sont pas seulement inutiles. Ils sont néfastes. Néfastes pour les patients, néfastes pour le système de soins, néfastes pour la planète. Cessons d’en demander et d’en pratiquer.
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Sources :
1- Ibounig T "Incidental Rotator Cuff Abnormalities on Magnetic Resonance Imaging"JAMA Intern Med. doi:10.1001/jamainternmed.2025.7903, publié online le 16 février 2026.
2- Baudon D "Douleurs atraumatiques de l’épaule : des anomalies IRM universelles" Medscape - 10 mars 2026.
3- "L’épaule" InCleland J"Examen clinique de l’appareil locomoteur", Masson éd., Paris 2007, pages 373-428.
Crédits photo :
Image n°1 : "That’s my right shoulder" (recadré) par Jaybird sur Flickr
Image n°2 : "MRI" (recadré) par Eugene Mah sur Flickr
