Médicaments contre la toux : peu utiles

Par le 17 novembre 2022, actualisé le 17 Nov 22.

La toux est un symptôme sensible aux placebos. Les médicaments présentés comme fluidifiants (contre la toux grasse) ou antitussifs (contre la toux sèche) et les anti-inflammatoires n'ont pas d'efficacité bien démontrée pour diminuer la toux. La plupart ont des effets indésirables parfois sérieux. On peut parfois choisir l'hélicidine ou le dextrométhorphane. Sans en attendre trop.

La toux est un réflexe vital. Il est donc pas forcément souhaitable de la faire cesser totalement et rapidement. Si la toux n'est pas trop gênante, la traiter par le mépris est parfois une bonne solution. Mais si la toux d'une infection respiratoire aiguë est pénible ou qu'elle gêne le sommeil, chercher à la faire diminuer est un bon objectif.

Comme dans l'ensemble de ce blog, les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS. Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments".

Placebos et remèdes dits naturels

Plusieurs essais comparatifs ont montré que la toux est sensible aux placebos. Dans un essai, on a observé une diminution du nombre de quintes de toux de 7% avec de l'eau seule, et de 50% avec une gélule placebo en plus de l'eau. Divers traitements non médicamenteux ont peu ou pas d'effets indésirables et une efficacité qui semble supérieure aux placebos. On peut ainsi utiliser le miel (au-dessus de l'âge de 1 an), les sirops sucrés aux fruits, une tisane de thym, voire un sirop à base de lierre. Qu'en est-il des médicaments ?

Médicaments fluidifiants : effets indésirables

Traditionnellement, depuis quelques dizaines d'années, certains auteurs recommandent des médicaments fluidifiants dans les toux "grasses" ou "productives" : les toux où le poumon produit des crachats. Ces médicaments sont l'acétylcystéine, la carbocistéine, la bromhexine, l'ambroxol et la guaïfénésine.
Certains essais semblent montrer une efficacité supérieure au placebo, mais leur méthodologie est souvent critiquable, et le bénéfice potentiel semble minime.
Or ces médicaments provoquent des effets indésirables : en particulier des réactions cutanées de type allergique dont certaines sont graves, voire mortelles. Exception, la guaïfénésime, mais malheureusement, en France, tous les médicaments qui en contiennent renferment aussi des composés qui ont des effets indésirables. En résumé : aucun de ces médicaments n'est vraiment recommandable.

Antitussifs dérivés de l'opium : sans efficacité démontrée

Les dérivés de l'opium proposés comme antitussifs sont la codéine, l'éthylmorphine (ou codéthyline), la pholcodine (retirée du marché français en 2022), le dextrométhorphane et la noscapine. Ils diminuent le réflexe de toux dans le cerveau et certains les recommandent dans les toux "sèches" ou "irritatives" (sans crachats). Les rares essais cliniques réalisés n'ont pas montré d'efficacité supérieure au placebo.
Leurs effets indésirables sont nombreux : nausées, vomissements, constipation, somnolence, confusion, dépendance, usage détourné... sans parler des risques en cas de surdosage.
C'est pourquoi leur utilisation chez les femmes enceintes (ou pouvant le devenir) et les enfants et jeunes adultes de moins de 16 ou 18 ans est souvent déconseillée : notamment par l'OMS, les agences du médicament US et européenne, l'association américaine de pédiatrie, la revue Prescrire, etc.

Les sirops "contre la toux" sont une tradition ancienne,
répandue dans de nombreuses cultures. Il est bien possible que le sucre soit l'élément le plus important de cette tradition.

Anti-histaminiques : à éviter

Certains médicaments anti-histaminiques sont présentés comme antitussifs. Ce sont en particulier la chlorphénamine, la diphénhydramine, l’oxomémazine et la prométhazine. Ces médicaments n'ont pas d'effet plus puissants que les placebos. Par contre, ils ont de nombreux effets indésirables : troubles visuels, sécheresse de la bouche, nausées, constipation, troubles cardiaques, troubles psychiatriques. Des morts par surdose ont été observés chez des enfants de moins de 6 ans.

Quelques autres : l'hélicidine peut-être

Quelques autres antitussifs sont commercialisés : l'hélicidine, la lévodropropizine, l'oxéladine et la pentoxyvérine. Il ont été très peu étudiés et les rares essais ont échoué à mettre en évidence un effet supérieur à des placebos. la lévodropropizine et la pentoxyvérine peuvent provoquer des effets indésirables sérieux, notamment allergiques et cardiaques : à éviter. L'oxéladine a été peu étudiée et on ne peut pas en dire grand chose : mieux vaut l'écarter. L'hélicidine, à base d'une protéine tirée de l'escargot de Bourgogne, ne semble pas plus efficace qu'un placebo. Mais elle provoque peu d'effets indésirables, en dehors de quelques allergies.

Anti-inflammatoires : mauvaise idée

Quelques essais n'ont pas montré que les anti-inflammatoires (dont les plus sûrs sont l'ibuprofène et le naproxène) diminuent la toux. Par contre, ils diminuent les défenses immunitaires (avec un risque de complications infectieuses) et provoquent des effets indésirables digestifs, rénaux, cardiovasculaires, etc.
Les anti-inflammatoires dérivés de la cortisone à avaler perturbent encore plus les défenses de l'organisme. Par voie pulmonaire, sous forme d'inhalations, ils n'ont pas d'efficacité démontrée sur la toux (sauf éventuellement dans les toux dues à un asthme). Et ils peuvent provoquer des atteintes des cordes vocales, des mycoses, etc.
Les anti-inflammatoires ne sont donc pas de bonnes alternatives.

Miel et sucreries en premier

Finalement, on peut très bien en rester au miel (au-dessus de l'âge de 1 an) ou aux bonbons au miel, aux sirops sucrés aux fruits, aux tisanes de thym, voire aux sirops à base de lierre.
Pour les personnes qui préfèrent un médicament industriel, le plus recommandable est l'hélicidine. Chez les adultes (en dehors de la grossesse et de l'allaitement), une alternative peut être le dextrométhorphane.

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Lire aussi :
- La toux, c'est pas rien
- Traiter la toux aiguë sans médicament : le miel d'abord

Crédit photo :
- n°1 : Honey par Patrick aka Herjolf sur Flickr
- n°2 : Cough syrop par Dvortygirl sur Flickr

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Sources :
- Prescrire rédaction "Toux lors d'une infection respiratoire aiguë" 1ère et 2e partie Rev Prescrire 2022 ; 42 (460) : 114-121 et (462) : 282-290 et "Pholcodine : en France, la vente des médicaments contenant de la pholcodine enfin arrêtée" Prescrire "Dans l'actualité", 12 sept. 2022 (1 page).
- Eccles R “The powerful placebo in cough studies ?” Pulm Pharmacol Ther 2002 ; 15 (3) : 303-308.
- Pappas DE et coll. "The common cold in children: Management and prevention", 23 pages (Mise à jour en octobre 2022) et Shan Yin et coll. "Over-the-counter cough and cold preparations. Approach to pediatric poisoning", 29 pages (Mise à jour en septembre 2022). In: UpToDate, Post TW (Ed), UpToDate, Waltham, MA, USA.

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Médicaments contre la toux : peu utiles" ; 17 Nov 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-medicaments/medicaments-contre-la-toux-peu-utiles/)
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