Aide médicale d’État ( AME ) : la légende de "l’appel d’air"

Par le 1 juillet 2024, actualisé le 01 Juil 24.

On entend parfois dire que les soins offerts aux étrangers en situation irrégulière au travers de l’aide médicale d’État ont pour conséquence d’augmenter le nombre des immigrants, attirés par des soins médicaux gratuits. C’est la théorie dite « de l’appel d’air ». Qu’en est-il ?

Ce qu’est l’aide médicale de l’État (AME). 
En France, en 2024, l’aide médicale d’État (AME) est réservée aux personnes étrangères : 
- résidant en France depuis plus de trois mois
- sans titre de séjour depuis plus de trois mois
- et dont les ressources sont inférieures à 810 € par mois pour une personne seule. Elle permet en principe d’obtenir la plupart des soins en tiers-payant, mais des enquêtes montrent que certains professionnels de santé les refusent, bien que ce soit illégal. Certains soins ne sont pas pris en charge. 

Les candidats à l’émigration ne connaissent pas l’AME

On a depuis longtemps la preuve que cette théorie de « l’appel d’air » est fausse.
Tout d’abord, les enquêtes faites dans les pays pauvres montrent que leurs habitants ne savent à peu près rien des prestations sociales en France et des conditions dans lesquelles on peut les obtenir. Ce n’est pas étonnant. Vous-même, que savez-vous de la manière dont fonctionnent les assurances maladie d’Inde, du Chili, de Madagascar, ou même d’Italie ?
De plus, lorsqu’on interroge les migrants sur leurs motivations, ils ne se déplacent pas parce qu’ils sont attirés vers tel ou tel point de la planète, mais avant tout pour fuir un risque, et généralement un risque mortel : extrême misère, sécheresse dramatique, conflit armé, massacres, persécutions, etc. Leur fuite les conduit en priorité dans des régions géographiques voisines d’où ils espèrent généralement revenir un jour à leur point de départ.

Le choix d’une destination est sans rapport avec l’AME

Une minorité de migrants se dirige vers des pays éloignés, par exemple en Europe ou en Amérique du Nord. Mais plus que les prestations sociales supposées, c’est la réputation d’accueil pour la population concernée qui joue le plus grand rôle. Généralement parce que des compatriotes y sont déjà installés.
C’est ainsi que les ressortissants de certains pays se dirigent préférentiellement vers l’Allemagne, la Suède, la France ou un autre pays. Il existe d’ailleurs un grand décalage entre la réputation d’accueil des pays européens et la réalité. C’est ce qui explique la situation dans la région de Calais, par exemple, où des migrants cherchent absolument à rejoindre la Grande-Bretagne, où ils ne sont pas particulièrement bienvenus.

Le plus souvent, les migrants n'ont aucune idée de leurs droits en France.
Ce sont habituellement des assistants sociaux, des soignants ou des militants
qui leur apprennent qu'ils ont droit à l'aide médicale d'État (AME).

Les migrants ne demandent pas l’AME, par ignorance

C’est le point qui prouve définitivement que l’aide médicale de l’État n’est pas un facteur d’attraction des migrants : la grande majorité d’entre eux ne la demandent jamais. Selon des études récentes, parmi les personnes qui ont droit à l’aide médicale de l’État, et qui en ont besoin, puisqu’ils se présentent pour des soins, entre 50 % et 80 % ne l’ont pas demandée.
Et ceux qui l’ont demandé n’y ont pas pensé tout seuls. La première fois, ils l’ont fait sur proposition d’un assistant social, d’une association ou d’un soignant. D’eux-mêmes, l’immense majorité des bénéficiaires potentiels ne demande pas l’AME.

Une légende connue depuis longtemps

L’idée de « l’appel d’air » remonte au moins aux années 1990. Et il y a au moins 20 ans qu’on sait qu’elle est fausse.
En effet, comment imaginer que des migrants ont été attirés par des prestations sociales dont ils ne savent rien et qu’ils ne demandent pas, même lorsqu’ils y ont droit et qu’ils en ont besoin ? « L’appel d’air » n’existe tout simplement pas, sauf en tant que fantasme. 
Et pourtant, il y a toujours des militants et des politiciens pour agiter cet argument en réclamant la limitation ou la suppression de l’AME. S’ils sont ignorants des études, ils devraient se renseigner avant de faire des propositions politiques. Et s’ils les connaissent, alors ils sont évidemment de mauvaise foi… 

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Lire aussi :
– "Aide médicale d’État ( AME ) : la course d’obstacles"
– "Inégalités de santé"
– "Aide médicale d’État ( AME ) : de quoi il s’agit exactement"
– "Aide médicale d’État ( AME ) : pas si chère"
– "La charte de Cantepau"

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Sources :
- Direction de l'information légale et administrative (Première ministre) "Qu'est-ce que l'aide médicale de l'État (AME) ?" Mise à jour le 01 avril 2024, site officiel de l’administration française www.service-public.fr 
- Evin C, Stefanini P "Rapport sur l’aide médicale de l’État" décembre 2023, 106 pages. 
Observatoire de l’accès aux droits et aux soins de Médecins du Monde « Rapport 2023 » octobre 2023, 96 pages. 
- Latournerie J-Y et coll. "L’aide médicale d’État : diagnostic et propositions" octobre 2019, 158 pages.
- Prescrire rédaction "Étranger·ères “indésirables” : moins de droits, avec quelles conséquences de santé ?", Prescrire 2023 ; 43 (476) : 475-476.

Crédits photo :
Image 01 : "Sans_Abri2" par Margaret Griffin sur Flickr (recadré)
Image 02 : "KLDE3310_S" par KonradLembcke sur Flickr (recadré)

Rédigé par sans lien d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Aide médicale d’État ( AME ) : la légende de "l’appel d’air"" ; 01 Juil 2024 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-societe/aide-medicale-detat-ame-la-legende-de-lappel-dair/)
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