Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro d’avril 2025.
POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.
En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité.Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro d’avril 2025 (réf. 1).
Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments". Les prix indiqués proviennent de Prescrire ou du dictionnaire Vidal et sont arrondis à l’euro le plus proche. Le prix n’est généralement pas connu pour les médicaments réservés à l’hôpital ou non remboursables.
Bravo : Aucun - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis
Intéressant : Aucun - progrès thérapeutique important, avec certaines limites
Apporte quelque chose : Aucun – Un apport limité
Éventuellement utile : 1 - intérêt thérapeutique supplémentaire minime
- Atézolizumab injectable sous cutané (Tecentriq°). Une injection sous cutanée lente (7 minutes) toutes les trois semaines peut remplacer 30 à 60 minutes de perfusion intraveineuse toutes les 2 à 4 semaines. Certains patients peuvent préférer… C’est un progrès vraiment minime.
N'apporte rien de nouveau : 6
- Dupilumab (Dupixent°) dans certaines formes de bronchite chronique (ou BPCO). Lorsqu’une bronchite chronique provoque des symptômes gênants permanents, les premières mesures seraient de cesser de fumer ou de diminuer les autres causes (par exemple professionnelles). En deuxième, un bronchodilatateur comme le formotérol ou le salmétérol sont utiles, et si besoin, le tiotropium, voire un dérivé de la cortisone. Le dupilumab pourrait jouer un rôle comme concurrent de la cortisone, mais dans les essais, son efficacité a été modeste, et les risques de cet immunodépresseur sont grands. (608 € la seringue, non remboursée).
– Clindamycine + peroxyde de benzoyle (Encallik°) dans l’acné. Un seul essai comparatif randomisé, de faible qualité, n’a pas montré que cette association faisait mieux que l’adapalène + peroxyde de benzoyle. Mais ce gel cumule les effets indésirables des deux substances. Et il est recommandé de le conserver au frais en période de chaleur, car ce gel pourrait alors favoriser les cancers. En pratique, le premier traitement de l’acné reste le peroxyde de benzoyle seul.
– Zilucoplan (Zilbrysq°) dans la myasthéniue auto-immune généralisée. Cette maladie rare provoque une faiblesse musculaire variable. Le premier traitement est la pyridostigmine, puis éventuellement un immunodépresseur comme un dérivé de la cortisone ou l’azathioprine. Le zilucoplan a été comparé à un placebo, mais pas aux autres immunodépresseurs. On ne sait donc pas s’il représente un progrès ou un recul (Coût du traitement mensuel, environ 18 000 à 23 000 €).
– Quizartinib (Vanflyta°) dans certaines leucémies (aiguës myéloïdes avec mutation ITD du gène FLT3). Dans ce cas particulier de leucémie, le quizartinib augmente la survie par rapport à un placebo, mais il n’a pas été comparé à la midostaurine. Or il provoque des effets indésirables graves, parfois mortels, notamment des infections et des troubles du rythme cardiaque. (10 700 € les 56 comprimés).
- Pembrolizumab (Keytruda°) en premier traitement de certains cancers des voies biliaires. En association avec la double chimiothérapie habituelle, il augmente de 7 semaines la durée de vie par rapport au placebo, mais il n’a pas été comparé à un autre traitement disponible. On ne sait donc pas si c’est un progrès.
- Talquétamab (Talvey°) dans le myélome multiple, après échec d’au moins 3 traitements. Seulement un essai non comparatif, ne permettant pas de savoir s’il allonge la durée de vie ou s’il diminue les symptômes. Par contre, on sait qu’un patient sur 4 souffre d’un effet indésirable grave…

Ses graines semblent avoir des propriétés hormonales : propriétés dopaminergiques, estrogéniques et progestatives. Elles sont connues depuis longtemps puisqu’elles ont été utilisées pour diminuer les ardeurs sexuelles des hommes et pour lutter contre les douleurs des seins ou les troubles prémenstruels depuis l’époque médiévale, voire l’antiquité.
En France, des préparations à base de ses fruits sont disponibles sous forme de « compléments alimentaires », mais aussi sous forme de « médicament ». La fabrication et la composition des médicaments est bien mieux contrôlée que celle des « compléments alimentaires », et quel que soit le produit, il vaut toujours mieux préférer un médicament.
Pas d’accord : 2
- Éculizumab (Soliris°) dans la myasthénie des enfants de 6 ans et plus. Dans cette maladie rare, si la pyridostigmine ne suffit pas, un traitement par dérivé de la cortisone ou immunodépresseur comme l’azathioprine peuvent rendre service. Aucun essai ne montre que l’éculizumab fait aussi bien ou mieux, alors que ses effets indésirables sont graves : notamment des infections parfois mortelles. Autant s’en passer.
- Macrogol 3350 + électrolytes + vitamine C (Plenvu°) pour « laver » le gros intestin avant une chirurgie ou un examen digestif (par exemple une coloscopie). Les essais comparatifs l’ont montér aussi efficace que des traitements plus ou moins semblables (avec des doses différentes). Mais les effets intésirables sont plus fréquents : nausées, vomissements, déshydratations, etc. Et le « service rendu » ayant été jugé insuffisant, il n’est pas remboursable par l’assurance maladie française. Autant éviter cette dépense idiote !
La rédaction ne peut se prononcer : Aucun
Mauvaises nouvelles : Aucune
Incertitude : 1
- Fruits de gattilier (Cyclodynon° et autres) dans le syndrome prémenstruel. Avant leurs règles, les femmes sont parfois gênées par divers troubles : ballonnements, fatigue, tension des seins, maux de tête, irritabilité, troubles de l’appétit, etc. Ils disparaissent généralement à l’arrivée des règles. Mais la gêne peut diminuer la qualité de la vie. Les préparations à base de fruits de gattilier semblent avoir des propriétés semblables à certaines hormones. Elles semblent avoir une certaine efficacité pour lutter contre les troubles prémenstruels. Difficile d’être affirmatif, car les essais ne sont pas très parlants : 14 % à 80 % des patientes prenant du gattilier se sont dites améliorées contre 10 % à 50 % des patientes prenant un placebo. Cependant, les effets indésirables (allergiques, en particulier) semblent rares. Si on choisit de prendre ce traitement, mieux vaut choisir un produit ayant le statut de médicament, bien contrôlé, comme le Cyclodynon°, plutôt qu’un produit ayant le statut de « complément alimentaire ».
Bonnes nouvelles : 2
- Dans certains cancers du sein (dits « triple négatif »), le pembrolizumab(Keytruda°) allonge la durée de vie s’il est associé à une chimiothérapie anticancéreuse avant la chirurgie et poursuivi seu après. Cependant, ses effets indésirables graves augmentent peut-être la mortalité au cours des premiers mois de traitement.
- Certains pessaires sont remboursables. Les pessaires sont des anneaux ou des cubes de forme variable, à poser dans le vagin en cas de « descente d’organe », notamment s’il y a incontinence urinaire. Certains d’entre eux sont à présent remboursables par l’assurance maladie, ce qui est bienvenu.
a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (réf. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.
Lire aussi :
- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- La médecine n'a pas pour but de guérir des maladies
- Médicaments à ne pas utiliser : 2024
Sources 1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2024 ; 45 (498) : 244-270. 2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40 (442) : 621-624.
Crédits photo :
Image n°1 :
Image n°1 : "Prescrire juin 2024" par Jean Doubovetzky.
Image n°2 : "Vitex agnus castus1" par Gordo06 sur Wikipedia (recadré).
