Notre société développe une confiance parfois exagérée en la technologie médicale. En contrepartie, beaucoup de patients me semblent avoir oublié quelques vérités simples. Ce que je vais vous dire aujourd’hui est en grande partie fondé sur mes observations au cabinet médical de Cantepau. Il est possible que les choses soient différentes dans d’autres endroits.
Les examens ne servent pas à se rassurer
Qu’il s’agisse de l’examen clinique, autrement dit l’observation, l’écoute ou la palpation du corps par le médecin, ou des examens dits « complémentaires » comme les analyses sanguines, les radiographies ou autres, les examens ne servent pas à se rassurer ou à se faire plaisir.
Les examens servent avant tout à prendre des décisions. Dans ce domaine, la curiosité est un vilain défaut. D’abord parce qu’en multipliant les examens inutiles, on multiplie le risque de faire apparaître une anomalie sans importance, mais qui va nécessiter d’autres examens de vérification, créer de l’angoisse. Et parfois même déboucher sur le diagnostic d’une maladie qui serait restée cachée toute la vie de la personne sans jamais lui faire de mal, mais qu’on va traiter en provoquant des effets indésirables. C’est souvent le cas des tumeurs dites malignes (mais qui ne le sont pas tant que ça) de la prostate, du sein ou de la thyroïde.
Les examens servent à prendre des décisions
Je sais, je l’ai déjà dit. Mais j’insiste. Je vois trop souvent des patients atteints de diabète (par exemple) et qui viennent « renouveler leur traitement » tout en disant qu’il vont faire leurs analyses du trimestre… la semaine d’après. Les analyses faites la semaine d’après ne servent à rien. Il faut faire ses analyses avant la consultation, parce que le but des analyses, c’est de voir si le traitement est adapté, et si besoin, de le modifier. Dans cette logique, ne commencez pas la consultation en demandant un renouvellement d’ordonnance pour annoncer ensuite qu’il se passe quelque chose… qui modifie la prescription. Dans le cours logique d’une consultation, le renouvellement d’ordonnance (ou plutôt la révision de l’ordonnance) est ce qui doit venir en dernier.
Autres exemples tout aussi courants : vérifier chez soi sa pression artérielle (ou tension artérielle) ou ses glycémies est utile… si et seulement si on fait quelque chose de ces mesures. Soit on les apporte au médecin pour qu’il prenne des décisions, soit on a une infirmière capable de modifier les doses d’insuline injectées en fonction des résultats de glycémie. Si ce n’est pas le cas, si les résultats des mesures partent à la poubelle ou dans l’oubli, elles ne servent absolument à rien.
Le COVID-19 n’a pas disparu
Si vous avez brusquement de la fièvre, de la toux, un rhume, de la fatigue, vous avez peut-être le covid. Ne venez pas au cabinet médical pour rien. Si vous devez venir (avec une bonne raison), signalez votre cas pour avoir un rendez vous en fin de journée (ou en fin de matinée, suivant l’organisation du cabinet). Vérifiez votre température avec un un thermomètre fiable. Si possible, faites un test covid. Portez un masque pour éviter de contaminer les autres, en particulier les personnes déjà malades ou fragiles ou âgées.

toutes les familles possédaient un thermomètre fiable, en verre, permettant une mesure dans l'anus. Et en cas de maladie, tout le monde avait ce réflexe de vérifier la température du corps et de rechercher une fièvre.
Cet examen de base est resté aussi utile qu'autrefois...
Mesurer la température est utile.
Lorsqu’on pense avoir une maladie infectieuse (rhino, grippe, covid, bronchite, infection urinaire, etc.), vérifier la température devrait être un réflexe. Les thermomètres les plus fiables sont aussi les moins onéreux : ce sont les bons vieux thermomètres à alcool qu’on enfonce dans l’anus (il n’y a plus de thermomètre à mercure, fort heureusement). Les thermomètres frontaux (« sans contact ») et les thermomètres d’oreille sont moins fiables.
La température du corps n’est pas la même le matin et le soir. On considère habituellement que la fièvre est une température de 38°C ou plus.
Avec ou sans fièvre ?
La fièvre permet parfois de faire un diagnostic à elle seule. Par exemple, si vous avez eu une bronchite il y a 3 semaines et que vous toussez toujours, mais que vous n’avez pas de fièvre, c’est très généralement une toux simple persistante, due à l’irritation des bronches (et souvent au fait que vous fumez ou que vous avez fumé). Par contre, si la fièvre se rallume, il est probable que vous avez une nouvelle infection, parce que la première vous a rendu plus fragile.
Autre cas, si une jeune femme a des signes d’infection urinaire sans fièvre, il s’agit sans doute d’une cystite banale, qui sera traitée par antibiotiques en une prise ou en quelques jours. Par contre, si les signes s’accompagnent d’une douleur au bas du dos et surtout d’un poussées de fièvre vers 39°C ou 40°C, il est probable que l’infection est remontée jusqu’au rein et qu’il faudra prendre des antibiotiques pendant plusieurs semaines.
Les examens complémentaires (prise de sang, radios, etc.) sont… « complémentaires »
En médecine générale, lorsque le médecin construit son diagnostic, les points les plus importants sont d’abord ce que dit le patient, ensuite ce que lui, médecin, peut observer, entendre, palper. Tout le reste est moins utile, même si une très grande technologie est déployée. Par exemple, chez quelqu’un qui a mal à la tête, un interrogatoire soigneux est beaucoup plus utile et efficace qu’un IRM avec produit de contraste pour faire (ou pas) le diagnostic de migraine vraie. Et multiplier les IRM cérébrales inutiles aboutit à … ce que les appareils et les radiologues ne sont plus assez disponibles pour les vraies urgences comme les doutes sur un diagnostic d’accident vasculaire cérébral.
Économiser les examens ne vise pas d’abord à économiser l’argent de l’assurance maladie : cela vise avant tout à rendre les appareils et les soignants disponibles lorsqu’ils sont vraiment utiles.
Lire aussi :
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- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- La médecine n'a pas pour but de guérir des maladies
- La médecine rationnelle ou EBM
Sources
- Prescrire rédaction “Mesure de la température corporelle" Prescrire 2017 ; 37 (401) : 211.
- Dinarello C et coll. "Pathophysiology and treatment of fever in adults" et Ward MA et coll. "Fever in infants and children: Pathophysiology and management". In: UpToDate, Post TW (Ed), UpToDate, Waltham, MA, USA. (Mise à jour septembre 2025)
Crédits photo :
Image n°1 : "Melting due to high fever" par HansHolt sur flickr.com (recadré).
Image n°2 : "Affiche du film "Fièvre" de Louis Delluc", Domaine public, sur flickr.com (recadré).
