Inhibiteur de la pompe à proton + clopidogrel = danger !

Le clopidogrel (a) est un médicament utilisé pour diminuer le risque de caillot sanguin dans les vaisseaux de certains malades cardiaques. Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) sont utilisés dans le traitement des ulcères de l’estomac et du duodénum, et dans les reflux gastro-oesophagiens. Mais prendre des IPP en plus du clopidogrel diminue l’efficacité de ce dernier et augmente le risque de mourir.

Le clopidogrel

Comme l’aspirine, le clopidogrel réduit la capacité des plaquettes sanguines à se coller les unes aux autres (a). Ce qui diminue le risque de caillot sanguin dans les vaisseaux, mais aussi la capacité à arrêter les saignements. Cette propriété de « fluidifiant sanguin » est utilisée chez certaines personnes ayant souffert d’un infarctus du myocarde (attaque cardiaque), d’un accident vasculaire cérébral (AVC ou attaque cérébrale) ou d’une artériopathie oblitérante des membres inférieurs (rétrécissement des artères des jambes).

Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP)

Ces médicaments amoindrissent la capacité de l’estomac à produire et à sécréter de l’acide (b). Cette propriété diminue les douleurs et les risques d’agression de la paroi digestive de l’estomac, du duodénum et de l’œsophage. Cela réduit les douleurs et augmente les chances de cicatrisation en cas d’ulcère ou de forte irritation (gastrite, œsophagite). Mais cela présente aussi des inconvénients. À long terme, le risque d’infection augmente (l’acidité de l’estomac détruit les microbes qui entrent par la bouche), ainsi que le risque de fracture (l’acidité de l’estomac améliore l’absorption du calcium). Les personnes qui prennent des inhibiteurs de la pompe à proton sur de longues périodes (plusieurs années) risquent de voir leur vie raccourcie.

Inhibiteur de la pompe à proton (ésoméprazole, lansoprazole, oméprazole, pantoprazole, rabéprazole)
+ clopidogrel : un mélange détonnant !

IPP + clopidogrel = mauvais mélange

En réalité, le clopidogrel est sans effet direct sur les plaquettes : il doit d’abord être transformé en médicament actif par le foie. Or les IPP freinent cette transformation. Résultat : l’efficacité du médicament est réduite.
Des études ont montré que les personnes qui prennent un IPP en plus du clopidogrel ont un risque d’événement cardiovasculaire (infarctus, AVC) plus élevé que celles qui prennent seulement du clopidogrel. Selon les maladies et les médicaments utilisés, cela provoque une augmentation du risque de mourir de 10% à 50%, voire plus.
Les notices officielles françaises et européennes des médicaments à base de clopidogrel signalent que l’utilisation des IPP doit être évitée.

En pratique

Les personnes qui prennent un traitement cardio-vasculaire comprenant du clopidogrel devraient éviter de prendre aussi des inhibiteurs de la pompe à proton. Même dans les situations où certaines sociétés savantes le recommandent. À la place, elles peuvent utiliser des anti-acides gastriques comme le bicarbonate de sodium, le carbonate de sodium, des sels de magnésium (à prendre au moment des douleurs, et au moins 2 heures avant et après tout autre médicament). Ou encore le dernier anti-histaminique H2 qui reste commercialisé en France : la famotidine.
Si vraiment ces traitements sont insuffisants et qu’un traitement par IPP semble inévitable, il est prudent d’utiliser la dose la plus faible possible pendant la durée la plus courte possible. Sans oublier de diminuer le traitement progressivement pour l’arrêter en évitant un rebond des symptômes.

Lire aussi : « Inhibiteurs de la pompe à proton contre douleurs gastriques » et « Médicaments antiacides« 

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a- Le clopidogrel est le véritable nom du médicament commercialisé notamment sous les noms de marque Plavix° et Duoplavin°. Lire à ce sujet « Le véritable nom des médicaments »

b- Les inhibiteurs de la pompe à proton comprennent l’ésoméprazole (noms de marque Inexium°, Nexiam°, Nexium° ou autres), le lansoprazole (Lanzor°, Ogast°, Dakar°, Agopton° ou autres), l’oméprazole (Mopral°, Losec-Mups°, Agopton° ou autres), le pantoprazole (Eupantol°, Inipomp°, Pantozol° ou autres), le rabéprazole (Pariet° ou autres).

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Article rédigé par Jean Doubovetzky sans conflit d’intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l’assurance maladie et les compagnies d’assurance ou mutuelles.

Crédit photo : Jonas Frey sur Unsplash

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Sources
– Prescrire Rédaction “Clopidogrel + inhibiteur de la pompe à protons : mortalité plus grande » Rev Prescrire 2021 ; 41 (456) : 751-753.

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CITER: Jean Doubovetzky "Inhibiteur de la pompe à proton + clopidogrel = danger !" ; 31 Déc 2021 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-medicaments/inhibiteur-de-la-pompe-a-proton-clopidogrel-danger/)
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