Pros : Prescrire, fév. 2022 : médicaments utiles et inutiles

Par le 7 avril 2022, actualisé le 07 Avr 22.

Chaque mois, la revue indépendante Prescrire passe en revue les médicaments nouvellement commercialisés, ainsi que les nouvelles indications de médicaments déjà sur le marché. Elle en discute les mérites et démérites, par comparaison avec les autres traitements disponibles. Voici les médicaments qu'elle a examinés dans son numéro de février 2022.

POUR LES PROS :
L'article qui suit est complexe, et traite de maladies relativement rares. Il intéressera surtout les professionnels de santé, ainsi que les personnes atteintes par ces maladies et leurs proches.

En France comme dans de nombreux autres pays, pour commercialiser un médicament, il faut démontrer qu'il est plus efficace qu'un placebo (a). Ses bénéfices potentiels doivent aussi sembler supérieurs à ses effets indésirables.
La rédaction Prescrire compare les effets cliniques des médicaments à ceux des autres traitements disponibles et les classe en 6 catégories, en fonction de leur utilité. Voici les évaluations Prescrire des nouveaux médicaments dans le numéro de février 2022 (réf. 1).

Les médicaments sont nommés par leur dénomination commune internationale, autrement dit, par le nom que leur donne l'OMS (sans majuscule, en italiques). Le nom de marque est éventuellement indiqué entre parenthèses et marqué d'une majuscule et du signe °. Lire à ce sujet l'article "Le véritable nom des médicaments".

Bravo : 0 (zéro) - progrès thérapeutique majeur dans un domaine où nous étions démunis

Rien en février 2022

Intéressant : 0 (zéro) - progrès thérapeutique important, mais avec certaines limites

Rien en février 2022

Apporte quelque chose : 1 (un) - apport limité

- aprémilast (Otezla°) dans les aphtes buccaux de la maladie de Behçet. Cette maladie rare provoque des aphtes douloureux de la bouche et des organes génitaux, des lésions de la peau et surtout de la cornée de l'œil qui peut conduire à la perte de la vision. L'aprémilast est plus efficace qu'un placebo sur les aphtes de la bouche et leurs douleurs. Il n'a pas été comparé à la colchicine et aux dérivés de la cortisone, souvent utilisés dans cette situation, mais dont l'efficacité est incertaine.

Éventuellement utile : 2 (deux) - intérêt thérapeutique supplémentaire minime

- fostemsavir (Rukobia°) dans les infections par le HIV-1 multirésistant. Le fostemsavir semble faire diminuer le virus jusqu'à le rendre indétectable chez certaines personnes infectées par un HIV multirésistant. Il provoque des effets indésirables cardiaques, cutanés et musculaires. Mais on manque encore de données.

- tozinaméran (Comirnaty°), vaccin contre la covid 19 chez les enfants de 5 ans et plus. Chez les enfants de 5 ans à 11 ans, un essai contre placebo a montré une efficacité de ce vaccin pour diminuer le risque de covid 19 avec symptômes. Mais peu d'enfants étaient inclus (seulement 2300). Aucun effet indésirable nouveau ou inattendu n'a été détecté dans cet essai.

Pour décider si on doit utiliser les nouveaux médicaments, il faut les comparer à toutes les autres options de traitement disponible, et voir s'ils ont
une meilleure efficacité ou une meilleure sécurité.

N'apporte rien de nouveau : 5 (cinq) - substance sans plus d'intérêt clinique que les autres substances déjà disponibles

- dulaglutide (Trulicity°)3mg ou 4,5mg par stylo dans le diabète sucré de type 2. Le dulaglutide fait baisser la glycémie (le taux de glucose dans le sang), mais on ignore s'il permet de réduire les complications du diabète (cardiaques, rénales, visuelles, etc.) Les fortes doses provoquent de nombreux effets indésirables, en particulier des troubles digestifs.

- pembrolizumab (Keytruda°) dans certains cancers du côlon ou du rectum avec métastases. Cet anticorps immunostimulant n'a pas fait baisser la mortalité dans un petit essai où il a été comparé à une chimiothérapie anticancéreuse. Cet essai ne permet pas d'établir un bénéfice net ni une diminution des effets indésirables.

- budésonide + formotérol + glycopyrrohium (Trixeo Aerosphère°) dans la bronchite chronique. L'un des trois médicaments associés dans cet aérosol doseur ("spray" ou "pompe") n'est pas le mieux éprouvé de sa catégorie. Dommage.

- conestat alfa (Ruconest°) dans l'angiœdème héréditaire. Dans cette maladie rare avec un risque de gonflement grave de la gorge, que ce soit chez les adultes, chez les adolescents ou chez les enfants à partir de 2 ans, il n'est pas démontré que ce médicament fasse mieux que le traitement de référence, l'inhibiteur de C1 esthérase (Berinert° ou autre).

- guselkumab (Tremfya°) dans le rhumatisme psoriasique. Cet immunodépresseur n'a été étudié que par comparaison au placebo, et non par comparaison à d'autres immunodépresseurs : il n'apporte donc aucun progrès démontré.

Pas d'accord : 1 (un) - aucun avantage évident, mais des inconvénients possibles ou certains

- ozanimod (Zeposia°) dans la sclérose en plaques. Dans deux essais de courte durée (2 ans), l'osanimod n'a pas fait mieux qu'un autre immunodépresseur. Rien ne montre qu'il est plus efficace ou moins toxique, alors que les risques des immunodépresseurs sont graves : cancers, maladies hépatiques et cardiaques.

La rédaction ne peut se prononcer : 0 (zéro)

Rien en février 2022

Je recommande à tous les professionnels de santé de ne pas se contenter des informations limitées de ce blog et d’aller lire les arguments détaillés à la source.

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a- Un placebo est "une substance sans principe actif (= sans effet pharmacologique) mais dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique pour le patient" ou encore (autre définition) "une préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d'un médicament pour son effet psychologique, dit effet placebo" (ref. 2). À noter qu'un placebo ou un médicament peut aussi avoir des effets négatifs, et provoquer des effets indésirables : c'est l'effet nocebo.

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Lire aussi :
- Les objectifs des traitements et des diagnostics
- Traitements : les essais comparatifs sont indispensables
- Incertitude
- Quatre histoires de placebos ou de nocebos
- Des médicaments à ne pas utiliser

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Sources
1- Prescrire Rédaction “Rubrique : Le rayon des nouveautés" Rev Prescrire 2022 ; 42 (460) : 90-102.
2- Prescrire Rédaction “Essais cliniques versus placebo : divers types de placebos, dits purs, impurs voire faux placebos" Rev Prescrire 2020 ; 40(442) : 621-624.

Crédits photo :
Image n°1 : "Pharmacy medication shop market stall Yangon" par Istolethetv sur sur Flickr
Image n°2 : "Various medical tablets and capsules" par Marco Verch sur Flickr

Rédigé par sans conflit d'intérêt, notamment avec les firmes pharmaceutiques, leurs officines de communication, l'assurance maladie et les compagnies d'assurance ou mutuelles.

CITER: Jean Doubovetzky "Pros : Prescrire, fév. 2022 : médicaments utiles et inutiles" ; 07 Avr 2022 ; site internet Anti Dr Knock (https://anti-knock.fr/blog-medicaments/pros-prescrire-fev-2022-medicaments-utiles-et-inutiles/)
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